Communiqués de soutien

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COMMUNIQUE DE L’AECSP

La science politique chassée sur ses terres !

Alain Garrigou, professeur de science politique à l’Université Paris X Nanterre, spécialiste de sociologie électorale, vient de se voir assigné pour diffamation publique par l’un des conseillers politiques de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson. Ce dernier lui reproche d’avoir tenu des propos diffamants qu’un journaliste du quotidien Libération a rapporté dans un article daté du 6 novembre 2009 consacré aux relations entre l’Elysée, la société Publifact, dirigée par Patrick Buisson, et l’entreprise de sondage OpinionWay. Cette plainte, qui a pour but de fragiliser financièrement notre collègue, est scandaleuse et particulièrement inquiétante. En effet, Patrick Buisson, qui s’autoproclame « politologue », en usant du droit d’ester en justice attente à la liberté de pensée et de recherche d’un professeur d’université reconnu, lui, par ses pairs spécialistes de science politique . Il s’agit purement et simplement d’intimidation visant à interdire à un spécialiste de la vie politique de continuer d’explorer avec rigueur et méthode le terrain de recherche que constituent la fabrique et l’interprétation des sondages dans notre démocratie. Par cette pression judiciaire, en fait, Alain Garrigou se voit dénié le droit de faire son métier de scientifique.

L’Association des Enseignants et Chercheurs de Science Politique (AECSP) est indignée de voir les travaux des scientifiques mis en question par des professionnels de la politique. Elle s’inquiète du danger que représentent les pressions des entreprises commerciales de sondage à l’encontre de ceux dont la vocation est de les observer et, si nécessaire, de rappeler ce que sont les règles élémentaires de la méthodologie.

L’AECSP appelle tous les politistes et tous les chercheurs français et internationaux à soutenir leur collègue Alain Garrigou.

Le Bureau de l’AECSP

Association des Enseignants et Chercheurs de Science Politique

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Communiqué de l’Association Française de Science Politique


7 janvier 2010

Dans nos métiers, ceux de la recherche et de l’enseignement, nous sommes amenés à travailler sur des sujets souvent sensibles (le populisme, l’extrême droite, les violences politiques, les usages sociaux des sondages…) qui amènent parfois les acteurs politiques ou médiatiques concernés à réagir fortement aux protocoles méthodologiques mis en œuvre et aux résultats scientifiques énoncés. L’actualité récente, que l’on songe à la condamnation finalement (et heureusement) non confirmée en dernière instance d’Isabelle Sommier, de Xavier Crettiez et de Juan J. Torreiro l’année dernière ou récemment à la procédure judiciaire qui vise Alain Garrigou [en savoir plus]), voit se multiplier les procédures judiciaires et parfois disciplinaires [en savoir plus].

L’Association Française de Science Politique s’inquiète de cette judiciarisation croissante des controverses en sciences sociales et politiques. Face à la multiplication des actions judiciaires ou disciplinaires visant des enseignants et chercheurs spécialistes de la vie politique contemporaine, l’AFSP rappelle que, comme celle de la presse, la « liberté scientifique ne s’use que si l’on ne s’en sert pas ». Elle appelle tous ses membres à se montrer vigilants vis-à-vis de ces procédures qui pourraient menacer à terme notre liberté d’intervention dans l’espace public et médiatique. En lançant en septembre dernier une réflexion collective sur l’éthique de nos pratiques professionnelles [http://forumethique-afsp.over-blog.fr/], l’Association entend aussi montrer que notre communauté possède en elle-même les ressources susceptibles de construire collectivement un mode d’intervention maîtrisé dans l’espace public.

L’Association Belge de Science Politique pour la Communauté française (ABSP-CF) partage nos préoccupations et s’associe à ce communiqué.

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Assemblée générale de la section syndicale SNESup de Paris-Ouest Nanterre
Texte voté à l’unanimité

Nanterre, le 11 janvier 2010

La section du SNESup de l’université Paris-Ouest Nanterre :

1/ s’inquiète des multiples tentatives d’intimidation dont sont aujourd’hui victimes les enseignants-chercheurs dès lors qu’ils ne s’inscrivent pas dans la doxa gouvernementale ;

2/ apporte son soutien à Alain Garrigou, professeur de science politique à l’université Paris-Ouest Nanterre, injustement attaqué en diffamation pour des propos tenus dans un organe de presse et qui relèvent du libre exercice du métier d’enseignant-chercheur ;

3/ demande l’arrêt de toutes les procédures judiciaires engagées contre lui.

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Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire
(CVUH)

« Le Mépris pour le monde universitaire et les menaces sur la liberté d’expression s’accentuent. Patrick Buisson, responsable de la chaîne Histoire, ex directeur du journal d’extrême-droite Minute et aujourd’hui conseiller spécial de l’Elysée porte plainte pour diffamation contre le politiste Alain Garrigou pour des propos tenus en novembre 2009 dans le journal Libération. Le CVUH s’associe au mouvement de soutien à notre collègue. Les documents ci-joint prouvent le mépris de plus en plus décomplexé du gouvernement à l’égard du monde intellectuel. Il convient donc d’accentuer la vigilance vis à vis de toute forme de censure propre aux régimes de droite dure qui s’octroient les services d’un homme assumant vertement son héritage catholique traditionnel et contre-révolutionnaire. Les document ci-dessous font le point sur l’affaire en question. »

Pour l’ensemble du dossier, voir le lien suivant :

https://opiniongate.wordpress.com/

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Communiqué LDH

Paris, le 20 janvier 2010

Suppression d’enseignements au lycée : la formation des citoyens en danger

A la veille d’une nouvelle journée de grève des personnels de l’Éducation nationale pour attirer l’attention sur la détérioration de ce service public du fait des nombreuses suppressions de postes et de la diminution générale de ses moyens, la Ligue des droits de l’Homme met en garde, pour sa part, contre des mesures annoncées qui vont à l’encontre du rôle plus que jamais nécessaire de ce service public dans la formation des citoyens.

Elle s’inquiète de ce que la réforme des lycées :

• diminue l’enseignement des sciences économiques et sociales en classe de Seconde, au détriment d’une compréhension critique par les élèves des phénomènes dont la crise économique actuelle démontre pourtant l’importance ;

• supprime l’enseignement obligatoire de l’histoire pour les élèves de classe Terminale scientifique, alors que cette discipline joue un rôle essentiel dans la formation de l’esprit civique ; cela au moment même où les plus hautes autorités de l’Etat ne cessent de lancer des initiatives qui exigent une vraie culture historique pour être en capacité d’y réagir de manière critique.

La Ligue des droits de l’Homme s’alarme, par ailleurs, de décisions et interventions diverses dont le point commun semble être de chercher à porter atteinte à la liberté critique des enseignants, qui est pourtant un élément essentiel de la laïcité, en tentant de développer leur obéissance à l’exécutif :

• la création aux concours de recrutement des enseignants, Capes et agrégation, d’une épreuve orale sur la « compétence à agir en fonctionnaire de l’État » et de façon « responsable », qui peut cacher une tentative de sélectionner les candidats en fonction de leur soumission au pouvoir politique et de leur absence d’esprit critique ;

• la sanction par le ministère de l’Éducation nationale contre un professeur à l’École polytechnique, consistant à l’écarter d’un groupe d’experts où il travaillait depuis plusieurs années, pour avoir signé un appel contre la suppression de l’histoire obligatoire en Terminale scientifique ;

• les poursuites contre un professeur de sciences politiques à l’Université Paris Ouest Nanterre-La Défense, spécialiste des sondages, assigné en diffamation par Patrick Buisson, conseiller politique de Nicolas Sarkozy, alors que cet enseignant, dans le cadre de sa discipline universitaire, n’avait fait que mettre en évidence les sommes dépensées par l’Elysée pour payer des sondages d’opinion à la société Publifact dirigée par Patrick Buisson.

Pour la Ligue des droits de l’Homme, c’est la défense du rôle du service public dans l’éducation à la pensée critique et à la citoyenneté qui est en cause.

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Conseil d’Administration
de l’Université Paris-Ouest Nanterre

Conseil d’Administration du 25 janvier 2010

« Le Conseil d’Administration de l’Université Paris-Ouest Nanterre :

●        apporte son soutien à Alain Garrigou, professeur de science politique à l’université Paris-Ouest Nanterre, injustement attaqué en diffamation pour des propos tenus dans un organe de presse et qui relèvent du libre exercice du métier d’enseignant-chercheur ;

●        demande l’arrêt de toutes les procédures judiciaires engagées contre lui. »

(Motion proposée par Christophe Voilliot)

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Tu critiques ? Gare au procès !

Appel au soutien d’Alain Garrigou,professeur de science politique

Insidieusement, dans la guerre des idées, un nouveau procédé devient « monnaie courante ». Il consiste à entamer des procédures judiciaires – quelles que soient leurs chances de succès – contre les intellectuels ou les journalistes qui dérangent. Alors, direction le tribunal ! Avec ceux qui les publient.

Ensuite, il est toujours temps de se dédire. Comme l’a fait Natixis à l’égard de Mediapart, « coupable » d’avoir diffusé un article accusant la banque d’avoir rémunéré François Pérol, secrétaire-adjoint de l’Elysée (avant de prendre la direction de Caisse d’Epargne-Banque Populaire), pour son action dans la société Rothschild et associés. Les plaintes furent retirées. Qu’importe, Mediapart avait dû payer les frais de défense.

La plainte pour diffamation publique, déposée par M. Patrick Buisson contre Alain Garrigou, a la même fonction : intimider. Engager ceux qui voudraient « l’ouvrir », à se censurer, les inviter vivement à « tourner sept fois la langue dans sa bouche ». Surtout s’il s’agit d’analyser comment l’Elysée procède.

En tapant au portefeuille. M. Buisson réclame, pour son honneur « bafoué », 100 000 euros de dommages et intérêts, une provision de 15 000 euros pour chacun des quatre médias censé publier le jugement et, bien sûr, la condamnation aux dépens. Rien de moins ! Les frais de M. Patrick Buisson seront payés par le contribuable puisqu’il perçoit 11 900 euros par mois, comme conseiller du Président. En 2008, sa société Publifact a reçu 1,6 millions d’euros, de l’Elysée toujours.

Quel est l’objet de cette plainte ? Une opinion intolérable, invraisemblable, vraiment ! A la suite du rapport de la Cour des comptes publié le 16 juillet 2009 et considérant les listings des sondages de l’Elysée publiés le 6 novembre, Alain Garrigou, professeur de science politique à l’Université Paris-Ouest, spécialiste des sondages, avait eu l’audace de déclarer : « L’Elysée défend le choix d’OpinionWay par Patrick Buisson [directeur de Publifact et conseiller du Président, ndlr] pour la rapidité des études Internet. Or, ils oublient de préciser que les sondages en ligne sont surtout réputés pour être moins chers ! Pourquoi l’Elysée paie beaucoup plus cher en passant par lui au lieu de les acheter à moindre prix directement ? Et pourquoi laisser Buisson se faire une marge de 900 000 euros sur son dos ? Soit c’est un escroc, soit c’est un petit soldat qui constitue un trésor de guerre pour payer des sondages durant la prochaine campagne électorale sans que ce soit visible dans les comptes de campagne du futur candidat Sarkozy. ».

Cette explication, à coup sûr, mérite procès. Comparution immédiate, presque. Rien, certainement, n’est plus grave.

La plainte de P. Buisson vise évidemment à faire un exemple. Récemment, des chercheurs ont été la cible de ce type d’attaques : Olivier Filleule, Vincent Geisser, Isabelle Sommier. Cette fois, l’attaque vient de plus « haut ». Demain, à qui le tour ? Qui doit décider des territoires autorisés aux scientifiques, aux écrivains, aux journalistes ? Qui doit décider des appréciations qu’ils tirent de leurs enquêtes ? Les tribunaux ? Sartre aurait été condamné cent fois, Foucault, cent fois, Bourdieu tout autant.

« Tu enquêtes, tu critiques ? Gare au procès ! ». Collectivement, nous le refusons. Collectivement, nous reprenons à notre compte – au mot près – les propos d’Alain Garrigou.


Appel des 100 :

Alain Accardo (sociologue, université Bordeaux III) – Jean-Christophe Angaut (philosophe, Ecole Normale Supérieure) – Mathieu Bara (sociologue, université Bordeaux IV) – Christophe Baticle (sociologue, université de Picardie Jules Verne) – Francine Bavay (vice présidente du Conseil Régional d’Ile de France) – Eric Beynel (porte-parole national de l’union syndicale Solidaires) – Laurent Bonelli (politiste, université Paris Ouest – Nanterre) – Jacques Bidet (professeur de philosophie, université Paris Ouest Nanterre) – Noelle Burgi (chercheure en science politique, CNRS) – Leila Chaibi (co-présidente de la Fondation Copernic) – Véronique Champeil-Desplats (professeur de droit public, université Paris Ouest-Nanterre) – Stéphane Chantegros (sociologue, CRESPA Limoges) – Antonin Cohen (politiste, université de Picardie Jules Verne) – Annie Collovald (professeure de sociologie, université de Nantes) – Philippe Corcuff (politiste, IEP de Lyon, conseil scientifique d’ATTAC) – Jacques Defrance (professeur de sociologie, université Paris Ouest Nanterre) – Jean-Luc Deshayes (sociologue, université de Nancy) – Paul Dirkx (sociologue, université Nancy II) – Keith Dixon (professeur de Civilisation britannique à l’université Lumière Lyon II) – Vincent Dubois (professeur de sociologie et science politique, Institut d’études politiques de Strasbourg et Institut Universitaire de France) – Stéphane Dufoix (sociologue, membre de l’Institut Universitaire de France) – Cedric Durand (économiste, université Paris XIII) – Hervé Fayat (professeur de sciences économiques et sociales, Fondation Copernic) – Jean Ferrette (professeur de sciences économiques et sociales) – Gérard Filoche (inspecteur du travail, CN du Parti Socialiste) – Julien Fretel (professeur de Science Politique, président de l’AECSP, université Picardie Jules Verne, Sciences Po Lille) – Sandrine Garcia (sociologue, université Paris IX – Dauphine) – Delphine Gardey (professeure de sociologie, université Versailles St Quentin en Yvelines) – Bertrand Geay (professeur de sociologie, université de Picardie – Jules Verne) – Dominique Glasman (professeur de sociologie, université de Savoie) – Stéphane Guillemarre (professeur de philosophie, co-secrétaire de la Fondation Copernic) – Françoise Guillou (diététicienne) – Jean-Marie Harribey (économiste, université Bordeaux IV) – Mathieu Hély (sociologue, université Paris Ouest Nanterre) – Michel Husson (économiste, conseil scientifique d’ATTAC) – Bruno Jetin (économiste, université Paris Nord) – Samuel Johsua (professeur émérite en sciences de l’éducation, université de Haute-Provence) – Nicolas Jounin (sociologue, Université Paris VIII) – Michel Koebel (sociologue, université de Strasbourg) – Bernard Lacroix (professeur de science politique, membre de l’Institut Universitaire de France) – Stéphane Lavignotte (pasteur, théologien) – Rémi Lefebvre (professeur de science politique, université Lille II) – Frédéric Lebaron (professeur de sociologie, membre de l’Institut Universitaire de France) – Francis Lebon (sociologue, université Paris XII) – Brigitte Le Grignou (professeure de science politique, université Paris Dauphine) – Patrick Lehingue (professeur de science politique, université de Picardie-Jules Verne) – Jacques Le Bohec (professeur de sciences de la communication, université Lyon II) – Stéphane Le Lay (sociologue, revue Mouvements) – Claire Le Strat (politiste, université Paris ouest-Nanterre) – Catherine Lévy (sociologue) – Frédéric Lordon (sociologue, CNRS) – Jean Malifaud (mathématicien, Paris VII, secrétaire national du Snesup – FSU) – Antoine Math (économiste, Ires) – Lilian Mathieu (sociologue, CNRS) – Olivier Masclet (sociologue, université Paris V) – Gérard Mauger (sociologue, CSE-CNRS) – Dominique Merllié (sociologue, EHESS) – Olivier Michel (professeur d’informatique, université Paris XII) – Corinne Nativel (géographe, université de Besançon) – Frédéric Neyrat (sociologue, université de Limoges) – Gérard Noiriel (historien, directeur d’études à l’EHESS) – Fabienne Pavis (sociologue, université de Nantes) – Willy Pelletier (sociologue, coordinateur général de la Fondation Copernic) – Claude Pennetier (historien, CNRS-CHS, Paris I) – Jean-Marie Pernot (chercheur en sciences politiques, Ires) – Roland Pfefferkorn (professeur de sociologie, université de Strasbourg) – Louis Pinto (sociologue, CSE-CNRS) – Bernard Pudal (professeur de science politique, université Paris Ouest-Nanterre) – Gilbert Quelennec (musicien) – Emmanuel Renault (philosophe, Ecole Normale Supérieure) – Emmanuelle Reungoat (doctorante en Science politique, Université Paris 1, CESSP) – Philippe Riutort (professeur de sciences sociales, lycée Henri IV) – Violaine Roussel (professeur de sociologie, université Paris VIII) – Thomas Sauvadet (sociologue, CERMES) – Nicolas Sembel (sociologue, université Bordeaux II) – Arnault Skornicki (politiste, université Paris Ouest Nanterre) – Patrick Simon (sociodémographe, Ined) – Luce Sommier (puéricultrice) – Charles Soulié (sociologue, université Paris VIII) – Annie Thébaud-Mony (sociologue, Inserm) – Sylvie Tissot (sociologue, université de Strasbourg) – Jacques Tolédano (président d’ETICITE) – Josette Trat (sociologue, université Paris VIII) – Jérôme Valluy (politiste, université Paris I) – Christophe Voillot (politiste, université Paris Ouest-Nanterre) – Louis Weber (ancien président de l’Institut de Recherche de la FSU, rédaction de Savoir/Agir) – Loïc Wacquant (professeur de sociologie, université de Californie – Berkeley) – Tanguy Wuillème (enseignant chercheur en sciences de l’information et de la communication, université Nancy II) – Jean-Pierre Zirotti (professeur de sociologie, université de Nice-Sophia Antipolis)

(25.01.2010)

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Communiqué
de l’Association pour une Constituante

Une presse à genoux, la liberté sous contrôle

La volonté de Nicolas Sarkozy de monopoliser la scène n’est pas neuve. Bien sûr, elle est contradictoire à l’esprit des institutions qui fait du chef de l’Etat un arbitre et non le militant d’un parti. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) va encore s’arracher les cheveux pour départager de bien dérisoires temps de parole à l’« opposition ». La complicité de médias serviles achève de transformer le droit de message du président en pouvoir quasi absolu sur l’information politique.

Mais on peut au moins espérer que la médiocre prestation du 25 janvier amènera à reposer la question de la pluralité de l’information. Le Conseil National de la Résistance en avait posé des bases ; la Constituante de 1946 aussi. Ces principes ont été bafoués et jamais défendus, particulièrement sous François Mitterrand qui a procédé à de dommageables privatisations dans l’audiovisuel et a finalement abandonné toute règle sérieuse limitant les rapports incestueux entre le monde industriel et les médias. L’attribution, en forçant la main à la Haute autorité de la communication audiovisuelle (ancêtre du CSA), de la Cinquième chaîne à Silvio Berlusconi en 1985 en restera le symbole.
Mais ce ne sont pas seulement les medias qui sont aujourd’hui encerclées par le pouvoir. C’est la liberté d’expression dans son ensemble. Toute critique de l’Élysée donne lieu à poursuites ou à procès. Ainsi Mediapart qui avait dénoncé les liens de François Pérol, secrétaire-adjoint de l’Élysée (avant de prendre la direction de Caisse d’Epargne-Banque Populaire) avec la banque Natixis, ainsi aussi Alain Garrigou qui a dénoncé le rôle et le financement de Patrick Buisson, l’homme sondage de l’Élysée, sont-ils menacés des foudres de la justice. Les médias et la liberté de l’information sont, plus que jamais, des enjeux majeurs de la démocratie.

Ils n’en rendent que plus nécessaire l’élection d’une Assemblée Constituante au suffrage universel direct.

mardi 26 janvier 2010
par Association pour une Constituante

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15/02/2010 à 00h00

Quand un politologue est assigné par un conseiller de Sarkozy

Alain Garrigou, professeur de sciences politiques à l’université Paris-X-Nanterre, socio-historien du suffrage universel, vient de se voir assigner pour diffamation publique par l’un des conseillers politiques de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson. Ce dernier, qui est par ailleurs le dirigeant du cabinet d’études Publifact, lui reproche d’avoir tenu des propos diffamatoires dans une interview accordée à un journaliste de Libération le 6 novembre 2009.

Cette interview était intégrée à un dossier consacré à la consommation et aux usages que l’Elysée fait des sondages. Une phrase aurait particulièrement provoqué l’ire du conseiller du président de la République. Répondant à des questions du journaliste qui demandait ce que cela disait des listings de l’Elysée et du monde des sondages, Alain Garrigou répondait : «Pourquoi l’Elysée paie-t-il beaucoup plus cher en passant par lui (Patrick Buisson et Publifact) au lieu de les acheter (les sondages) à moindre prix directement ? Et pourquoi laisser Buisson se faire une marge de 900 000 euros sur son dos ? Soit c’est un escroc, soit c’est un petit soldat qui constitue un trésor de guerre pour payer des sondages durant la prochaine campagne électorale sans que ce soit visible dans les comptes de campagne du futur candidat Sarkozy.»

Ainsi, Alain Garrigou s’est-il permis de répondre à un journaliste qui enquêtait sur les pratiques sondagières de l’Elysée et sur le niveau de crédibilité des études réalisées par l’entreprise OpinionWay. On notera que le ton employé par notre collègue était celui de l’oralité, et qu’il en aurait été tout autrement s’il s’était agi pour lui de s’exprimer dans une revue scientifique.

Cette plainte n’aurait pas attiré notre attention ni provoqué notre indignation si ce qu’elle révèle en creux ne portait pas atteinte à ce qui nous est le plus cher en tant que scientifiques et universitaires, à savoir la volonté de savoir et la démarche critique ; ce mauvais coup porté à l’un des nôtres, plus généralement, ne vaudrait pas non plus une heure de peine s’il n’illustrait et ne présageait pas en France de sérieuses menaces sur les sciences humaines et sociales.

D’une part, cette plainte entend sanctionner un spécialiste de la fabrique de l’opinion qu’un exégète des sondages, de toute évidence, ne veut pas entendre. Etonnant, au passage, quand on sait que les promoteurs de l’opinion par sondages, comme George Gallup (lire The Pulse of Democracy, 1940), avaient érigé cet outil en instrument de régénérescence de la démocratie. Le sondage, disait-on dès l’origine, est censé inoculer une plus grande transparence dans le débat public.

Par un curieux retour des choses, il semblerait que cet impératif de transparence ne puisse s’appliquer aux conditions d’élaboration, d’usage et de circulation desdits sondages. Aussi, par son dépôt de plainte, le conseiller à l’Elysée intime en fait à notre collègue l’ordre de se taire et, à l’avenir, de ne plus répondre aux sollicitations des journalistes d’investigation. Notons que le moyen de dissuasion est aussi efficace que sordide. Patrick Buisson ne réclame pas moins de 100 000 euros de dommages et intérêts, ce qui correspond à plusieurs années de salaires universitaires ! Il faut dorénavant redouter que la moindre plainte dissuade les politistes d’émettre des hypothèses sur les rapports éventuellement douteux entre responsables politiques et sondeurs. Or l’objet de la science politique, parmi bien d’autres terrains d’étude qu’elle s’est appropriés avec méthode et réflexion, consiste à comprendre quelle illusion peut commander éventuellement la gourmandise sondagière des gouvernants mais aussi par quels détours la vie politique se finance parfois.

Cette plainte, d’autre part, révèle toute la part d’imposture qu’il y a dans la position et le discours du plaignant. Ce dernier croit en effet devoir dire qu’il a pour lui notoriété et expertise pour attaquer en justice, ce qui le conduit alors à se déclarer «politologue». Loin de nous l’idée d’interdire à chacun de s’autodéfinir au gré de ses fantaisies. Quoi qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de se revendiquer cardiologue pour la seule raison qu’il croit savoir interpréter les rythmes du cœur. Mais dans la polémique qui nous intéresse ici, le comble, pourrait-on dire, c’est que l’autoproclamé politologue, qui n’a jamais soutenu de thèse en science politique ni jamais mis les pieds en tant qu’intervenant dans un colloque français ou international de science politique, s’autorise à assigner en justice pour diffamation un enseignant chercheur reconnu par sa communauté scientifique. Cela suppose, quand on y réfléchit bien, que le conseiller politique à l’Elysée croit avoir suffisamment de connaissances politologiques pour dénier à son adversaire une compétence à émettre des hypothèses sur le mauvais usage qu’il fait des sondages. Son attaque judiciaire montre, en vérité, qu’il n’en est rien.

Max Weber disait que le responsable politique est celui qui a «le droit d’introduire ses doigts dans les rayons de la roue de l’histoire». Le politiste contemporain ne changerait pas un mot à cette belle formule. Il laisse les politiques agir et proposer des visions du monde. Il n’a rien à dire des convictions politiques des uns et des autres. Par exemple, que Patrick Buisson ait été journaliste dans le journal d’extrême droite Minute, en ce cas, n’importe pas. Ses pairs jugeront, les électeurs de Nicolas Sarkozy trancheront éventuellement. On aimerait dès lors que les professionnels de la politique et leurs conseillers aient autant de respect envers les scientifiques et qu’ils ne s’aventurent pas à leur mettre des bâtons dans les roues quand ils sont au travail. Aussi longtemps qu’Alain Garrigou sera traîné en justice, il pourra compter sur le soutien de ses collègues politistes ainsi que sur celui de très nombreux scientifiques français et étrangers.

Le bureau de l’Association des Enseignants et Chercheurs en Science Politique (AECSP)

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Lire les analyses d’Alain Garrigou sur ce procès politique :

– « Un procès politique en 2010 » (6 janvier 2010)

Un petit prof de fac » (9 janvier 2010)

– « Guerre des idées » (17 janvier 2010)

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