Les irresponsables de l’OpinionGate

par Observatoire des sondages

Anticor, association de lutte contre la corruption avait déposé une plainte visant la convention passée sans appel d’offres entre Publifact, société de Patrick Buisson, et l’Elysée. Le Parquet vient de classer la plainte sans suite (document de la décision dans son intégralité ). Sans surprise quand on sait que ce dernier est aux ordres du garde des Sceaux et donc du président de la République. L’Elysée a tenu la plume du vice-procureur si l’on en juge par certaines tournures stylistiques : ainsi apprend-on que la Cour des comptes « paraît » avoir reproché les infractions au code des marchés publics et que le contrat a été signé au regard des « compétences » de « l’animateur » de Publifact, désignation fort peu juridique dont le flou reprend le flou dont M. Patrick Buisson a recouvert son statut dans sa société. Sans doute ce degré de soumission inscrit dans les mots peut-il étonner.

Ce n’est encore rien au regard des motifs du classement sans suite. Le vice-procureur, chargé des affaires financières, du Parquet du tribunal de grande instance de Paris étend en effet l’irresponsabilité pénale du président de la République au-delà de l’interprétation antérieure des textes invoqués. A partir de la « transposition » de la situation des directeurs de cabinet des ministres, l’ancienne directrice de cabinet de l’Elysée, Emmanuelle Mignon, ne pourrait être poursuivie pour « délit de favoritisme » parce qu’elle signé la convention entre l’Elysée et Publifact. De manière définitive, apprenons-nous par la même occasion, c’est-à-dire au-delà même du mandat présidentiel.

Ces motifs laisseront les juristes interloqués. Est-ce si important alors qu’on observe chaque jour le pouvoir politique se moquer du droit ? Il faut abandonner toute illusion. Et tirer les conséquences logiques du classement sans suite :

– On se demande quel était le sens des observations de la Cour des comptes puisqu’elle n’obligeait nullement la présidence de la République à respecter les règles de droit.

On se demande jusqu’où va l’irresponsabilité ? L’impunité évidemment mais si loin. Elle ne concerne forcément pas la seule fonction de direction de cabinet de l’Elysée. Mais qui encore ? Assurément le directeur adjoint, le chef de cabinet, le chef adjoint, et qui encore ? Les conseillers ? Cela peut aller très loin.

L’irresponsabilité pénale s’applique en tout cas indirectement puisque le co-contractant est lui-même irresponsable « de manière logique et cohérente », selon le Parquet. Cette irresponsabilité soulève un autre grave problème. On se souvient que M. Patrick Buisson a assigné pour diffamation publique, pour des propos tenus sur son contrat avec la Présidence, le journal Marianne, puis le journal Libération et l’universitaire Alain Garrigou. Dans ce dernier cas, l’audience aura lieu le 22 novembre 2010. On aura alors peut-être la réponse à cette question : comment une personne pénalement irresponsable peut-elle poursuivre en justice une personne pour des propos tenus sur les faits dont il est interdit de juger puisqu’elle en est irresponsable ?

Patrick Buisson contre Patrick Buisson

Quand Patrick Buisson critiquait les sondages

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Minute, 26 novembre - 2 décembre 1980

Quand Patrick Buisson critiquait la commission des sondages

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Minute, 29 avril-5 mai 1981



Patrick Buisson

Wikipedia (07.01.09 – 01h04)

Patrick Buisson

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Patrick Buisson est un journaliste et politologue français, né le 19 avril 1949 à Paris. Spécialiste des études d’opinion, conseiller du président de la république Nicolas Sarkozy, il est aussi directeur général de la chaine Histoire depuis 2007.

Sommaire

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Biographie [modifier]

Origines et études [modifier]

Fils d’un ingénieur d’EDF engagé d’abord à l’Action française avant d’adhérer en 1947 au RPF du général de Gaulle[1], Patrick Buisson est élevé dans le culte de Charles Maurras et de l’anticommunisme[2]. Ainsi en 1956, sa mère l’emmène manifester contre l’entrée des chars soviétiques à Budapest.

Son engagement politique débute au lycée où, marqué par la guerre d’Algérie, il refuse de respecter une minute de silence après un attentat meurtrier de l’OAS[1]. Étudiant en histoire à l’université de Nanterre, appréciant notamment Philippe Ariès et Raoul Girardet, il est titulaire d’une licence d’histoire et d’une maîtrise de lettres en 1971. Sous la direction de Girardet, il rédige un mémoire de maîtrise sur le mouvement Algérie française. Durant ses études, il devient vice-président de la Fédération nationale des étudiants de France (FNEF), et s’oppose au Mouvement du 22-Mars en 1968 aux côtés d’Alain Renault[2].

Journaliste politique [modifier]

Plus analyste que militant poliitique, Buisson s’éloigne de la politique active dès la fin de ses études et, après quelques années d’enseignement, se tourne vers le journalisme : Minute (19811987) dont il devient le correspondant à l’Assemblée nationale puis pendant un an le directeur de rédaction, le Crapouillot, puis Valeurs actuelles, qu’il dirigera pendant six ans avant d’entrer à LCI[1].

En 1984, il publie avec Pascal Gauchon, ex-rédacteur en chef de Défense de l’Occident et ancien secretaire général du Parti des forces nouvelles, OAS, Histoire de la résistance française en Algérie, livre préfacé par Pierre Sergent, l’un des dirigeants de l’organisation.

Lorsqu’il dirige Minute de 1986 à 1987, il œuvre alors au rapprochement de toutes les droites[1], déclarant que « Le Pen, le RPR et le PR, c’est la droite. Souvent, c’est une feuille de papier à cigarettes qui sépare les électeurs des uns ou des autres »[3]. Selon son analyse, « les électeurs du FN sont pour l’essentiel d’anciens électeurs du RPR déçus par le recentrage et l’évolution pro-européenne de Chirac, pour le reste d’anciens communistes nostalgiques du temps où le PC était conservateur, autoritaire et nationaliste »[1]. Remercié de Minute, il devient directeur de la rédaction générale de Valeurs Actuelles en 1987[2].

Conseiller politique [modifier]

Après 15 ans de presse écrite, il s’oriente vers le conseil aux hommes politiques. Il devient conseiller de Jimmy Goldsmith et de Philippe de Villiers dont il dirige la campagne pour les élections européennes de 1994 et la campagne présidentielle de 1995, en axant les discours vers l’aile droite du RPR par l’affirmation du souverainisme. À la tête de sa société Publifact, il vend ses services à Alain Madelin et François Bayrou[2]. Il lance en 1996 la revue hebdomadaire Politique Opinion en association avec l’ensemble des directeurs des instituts de sondages, et anime à partir de 2000 la page « Opinion » du Figaro. Créateur et animateur de nombreuses émissions politiques sur LCI dont Le Club de l’opinion (1997-2000), Politoscopie (1999- 2000) puis 100% Politique (à partir de 2001), en compagnie de David Pujadas. Créateur et animateur de Un livre, un débat en 2003 puis de Questions qui fâchent (à partir de 2005). Entre 2005 et 2007, il co-anime ensuite l’émission hebdomadaire sur LCI intitulée Politiquement Show, et assure également l’émission Questions qui fâchent avec Michel Field.

Patrick Buisson aurait joué un rôle important dans les choix de Nicolas Sarkozy, notamment sur la création du ministère de l’Identité nationale [et de l’immigration][4]. Ainsi, ayant prédit la victoire du « non » à 55% au référendum français sur le traité constitutionnel européen, il est approché par Nicolas Sarkozy en 2005, alors ministre de l’Intérieur, qui en fait un de ses proches conseillers, équilibrant le gaullisme social d’Henri Guaino, rédacteur des principaux discours de sa campagne[2]. Catholique traditionnel, méfiant envers les élites et connaisseur des classes populaires[réf. nécessaire], Patrick Buisson considère[réf. nécessaire] que le peuple aime les hommes d’État volontaires, et aide le candidat à convaincre l’électorat populaire et conservateur séduit par le Front national, sans craindre les transgressions médiatiques. On lui donne ainsi la paternité du ministère de l’identité nationale, et un rôle important dans la gestion des incidents de la gare du Nord ainsi que dans l’évocation des racines chrétiennes de l’Europe lors de la campagne présidentielle[3].

Sans poste officiel à l’Élysée, à sa demande, suite à l’élection de Nicolas Sarkozy, il demeure cependant un collaborateur très écouté, et quitte l’antenne de LCI[5]. À la tête du cabinet Publifact, il a facturé en 2008 à l’Élysée un total de 130 autres factures pour des conseils, dont une quinzaine de sondages réalisés par OpinionWay et publiés par Le Figaro et LCI, pour un prix de 392 288 euros. Selon la Cour des comptes, le total de ses prestations a atteint la somme de 1,5 million d’euros pour l’année 2008[6]. Le 23 juillet le PS demande la création d’une commission d’enquête.[7]

Décoré par le président de la République de la Légion d’honneur le 24 septembre 2007, il dirige la chaîne Histoire (détenue à 100% par le groupe TF1) depuis octobre 2007[8]. Selon le journal Le Monde, c’est sa proximité avec le président de la République qui aurait permis à la chaine Histoire de recevoir, entre 2008 et 2009, 270 000 euros de la part du Ministère de la culture[9].

Bibliographie [modifier]

  • Sacha et ses femmes (Albin Michel).
  • Avec le Temps sur Léo Ferré en collaboration avec Hubert Grooteclaes (Éditions du Chêne).
  • Le Livre de la Mémoire en collaboration avec Jean Tulard.
  • Philippe de Villiers ou la politique autrement.
  • OAS, Histoire de la résistance française en Algérie avec Pascal Gauchon Ed. Jeune Pied-Noir – BP 4 – 91570 Bièvres (1981).
  • 1940-1945 : années érotiques, tome 1 : Vichy ou les infortunes de la vertu, Albin Michel, EAN13 9782226183941
  • 1940-1945 : années érotiques, tome 2 : De la Grande Prostituée à la revanche des mâles, Albin Michel, EAN13 9782226186881
  • La Grande Guerre, 1914-1918 avec Jean-Pascal Soudagne, préface de Max Gallo, photographies de l’Ecpad (médiathèque du ministère de la Défense) XO Éditions, la chaîne Histoire, «Le Figaro Magazine», Ecpad, RTL, 351 p.
  • avec Alain Renault (dir.), L’Album Le Pen, Écully, Intervalles, 1984. (ISBN 2-905409-01-0).
  • La Guerre d’Algérie 1954-1962, avec Hélie Denoix De Saint Marc, préface de Michel Déon (avec DVD), Albin Michel, 2009 (ISBN 222618175X)

La Guerre d’Algérie 1954-1962 [modifier]

Le livre La Guerre d’Algérie 1954-1962 a fait l’objet d’une polémique à sa sorite en 2009. Il lui a été reproché par plusieurs spécialistes de la guerre d’Algérie de ne présenter que le point de vue du colonisateur et de l’Armée française. [10]

Notes et références [modifier]

  1. a, b, c, d et e Carole Barjon, « Patrick Buisson : le stratège de l’ombre [archive] », Le Nouvel Obs, 20 novembre 2008
  2. a, b, c, d et e Raphaëlle Bacqué, « Patrick Buisson, l’hémisphère droit de Sarkozy [archive] », Le Monde, 2 octobre 2008
  3. a et b Éric Mandonnet, Romain Rosso et Ludovic Vigogne, « Patrick Buisson, le conseiller en transgression de Sarkozy », L’Express, 25 septembre 2008
  4. Guerre d’Algérie et “identité nationale” [archive], Ldh-toulon.net, le mercredi 18 novembre 2009. Consulté le jeudi 19 novembre 2009
  5. Anna Bitton « Patrick Buisson – L’oracle de Nicolas Sarkozy », Le Point no1846, 31 janvier 2008
  6. Antoine Guiral et Lilian Alemagna, « Les sondages très controversés du conseiller de l’Elysée [archive] », Libération, 18 juillet 2009
  7. Le Canard Enchaîné, mercredi 4 novembre 2009, page 2.
  8. Le Canard Enchaîné, 25 juin 2008.
  9. Béatrice Jérome, « Comment Patrick Buisson a fait financer la chaîne Histoire [archive] », Le Monde, 28 juillet 2009
  10. L’Algérie que rêvait l’armée française, par Gilbert Meynier et al., Le Monde, 22 décembre 2009 [archive]

Voir aussi [modifier]

Ce document provient de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Buisson ».

L’Algérie que rêvait l’armée française, par Gilbert Meynier…

Point de vue

L’Algérie que rêvait l’armée française, par Gilbert Meynier…

LEMONDE.FR | 22.12.09 | 11h56  •  Mis à jour le 22.12.09 | 12h08

L’Histoire s’écrit en confrontant des documents d’origine différente, et Patrick Buisson n’avait pas l’intention de faire œuvre d’histoire en publiant ce luxueux album où il ne montre que les photos prises par le Service photographique des armées durant la guerre d’indépendance algérienne. Que dirait-on d’un ouvrage consacré à cette guerre qui serait illustré uniquement avec les photos du FLN (Front de libération nationale) ? Qu’il s’agirait d’apologie, non d’histoire. Rien dans le titre très général ne dit qu’il s’agit d’une vision unilatérale, mais cela était sans doute inutile : l’armée se raconte l’Algérie qu’elle a rêvée, et fait encore post bellum rêver l’auteur. L’album est un bréviaire de l’esthétisme légionnaire/para. Les plaies du système colonial – extorsion de biens par la force et autres crimes, racisme structurel, œuvre scolaire dérisoire… – sont ignorées, la violence est attribuée au seul FLN. Les légendes des photos sont autant de poncifs, non des outils de réflexion. Les « autochtones » n’ont belle figure que sous la tutelle de la France. Face à la terreur que font régner les wilâya(s), « le glaive et la truelle » des SAS : main droite répressive et main gauche humanitaire, scoutisme dérisoirement tardif, à contretemps de l’Histoire en cours. Le mai 1958 de l’Algérie française est célébré pour les « fraternisations du forum », mais sur la photo du 16 mai 1958, les Algériens sont fermés et inquiets.

L’ange gardien parti, c’est en 1962 « l’horreur généralisée ». « On rembarque la casquette du ‘père Bugeaud’ et avec elle cent trente ans de présence française (…) pour le meilleur et pour le pire ». Dès que le FLN a gagné, l’« apocalypse » de 1962 change radicalement l’Algérie : ce pays dont les photos militaires faisaient un paradis au ciel bleu et au soleil permanent ne découvre la neige, la pluie, le froid, qu’au chapitre 13 (« La France perd la paix ») : le temps a changé lorsque les Français sont partis. C’est peu subtil, mais à l’unisson des grosses astuces de l’album. Les occasions manquées sont oubliées, pas un mot sur la conférence franco-maghrébine de Tunis que l’interception de l’avion de quatre dirigeants du FLN le 22 octobre 1956 fit avorter. L’armée ignorait cet art du possible qu’est la politique, elle voulait mater. Et de Gaulle, renieur des « promesses tenues », se lance dans l’autodétermination au moment où la France gagne la guerre ; d’où l’inévitable « vide moral et idéologique » de « la France de l’Hexagone ».

L’album oppose en catégories tranchées eux et nous. Eux sont les fellaghas, les assassins. Seule la violence des Algériens est mentionnée, on signale les victimes européennes, jamais les morts et blessés « autochtones », cependant bien plus nombreux. Page 111, un « rebelle », accompagné de guerriers en tenue léopard, est debout, les mains ligotées derrière le dos, attaché par un licol à la ceinture du soldat qui le surveille comme un animal en laisse. Les pages suivantes montrent de vaillants blessés, magnifiquement soignés, un mort auquel on rend les honneurs : les chevaliers contre des animaux. Erreur de jugement ? Non, grosse ficelle : l’album ne montre qu’une splendide armée, équipée des moyens les plus modernes, jeune, combative, une armée de gagneurs. Face à Massu, et surtout Bigeard, héros omniprésents, sur plus de 400 photos, seulement deux responsables algériens – le chef historique Ben Bella et Yacef Saadi –, bien sûr après leur arrestation. Le lecteur ne saura rien ni des combattants de l’ALN (Armée de libération nationale), ni des vrais politiques du FLN. Côté français, la seule photo de pleine page que le livre propose du général de Gaulle est la plus laide qu’on puisse choisir.

Le livre réitère le poncif sur les accords d’Evian qui n’ont pas été appliqués, sans dire que les politiques du FLN qui les avaient conclus et voulaient les appliquer ont été chassés du pouvoir à l’été 1962 par l’appareil militaire de l’armée des frontières dirigée par Boumediène. La « question cruciale » que pose l’auteur – « Que pense, que veut la population musulmane » ? – est l’aveu implicite d’une ignorance logique puisque l’armée ne photographie qu’elle-même. L’auteur refuse « ‘l’inéluctabilisme’, (…) péché des historiens », mais reconnaît que « les possibles de l’Algérie étaient en nombre réduit et la ‘pacification-intégration’ sans doute le moins probable de tous ». Alors pourquoi ce livre s’il est établi que les non-civilisés refusèrent de se faire civiliser ?

L’album de Buisson a sa place dans la campagne visant à exalter « l’identité nationale » : coédité par Albin Michel, la chaîne Histoire, le ministère de la défense – l’Etat –, recommandé sur le site du secrétariat d’Etat aux anciens combattants – encore l’Etat –, il s’inscrit dans la privatisation publique. Son esthétisme colonial-guerrier à sens unique vise à décourager la réflexion sur la dimension historique de la colonisation et les causes de son échec.

Omar Carlier est professeur à l’université Paris-VII – Denis-Diderot. Auteur notamment d' »Entre nation et jihad. Histoire sociale des radicalismes algériens », Paris, Presses de la Fondation des sciences politiques, 1995, 443 p.

Michel Cornaton est professeur émérite de l’université Lyon-II-Lumière, directeur de la revue « Le Croquant ». Auteur notamment de « Les Camps de regroupement de la guerre d’Algérie », réédit. L’Harmattan, 1998, 304 p.

Mohammed Harbi est ancien enseignant à l’université Paris-VIII, ancien professeur à l’université Paris-VII. Auteur notamment de « L’Algérie et son destin. Croyants et citoyens », Paris, Arcantère, 1992, 247 p.

Jean-Charles Jauffret est professeur des universités, Institut de sciences politiques d’Aix-en-Provence, directeur du master de recherches Histoire militaire comparée, géostratégie, défense et sécurité. Auteur notamment de « Ces officiers qui ont dit non à la torture. Algérie 1954-1962 », Paris, Autrement, 2005, 174 p., et « Alger », Chihab Edit., 2007.

Gilbert Meynier est professeur émérite de l’université Nancy-II, ex-enseignant à l’université de Constantine. Auteur notamment de « Histoire intérieure du FLN 1954-1962 », Paris, Fayard, 2002, 812 p. (réédit. 2004), et « Alger, Casbah », 2003.

André Nouschi est professeur honoraire de l’université de Nice, ex-enseignant aux universités de Tunis  et de Binghamton (Etats-Unis), fondateur du Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine (Nice). Auteur notamment de « L’Algérie amère : 1914-1994 », Paris, Edit. de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1995, 349 p.

Pierre Sorlin est professeur émérite de l’université Paris-III – Sorbonne-Nouvelle. Auteur notamment d' »Esthétique de l’audiovisuel », Paris, Nathan, 1992, 223 p.

Patrick Buisson, le conseiller en transgression de Sarkozy

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/patrick-buisson-le-conseiller-en-transgression-de-sarkozy_575427.html

TOUS LES JOURS, TOUTE L’INFO

Patrick Buisson, le conseiller en transgression de Sarkozy

Par Eric Mandonnet, Romain Rosso, Ludovic Vigogne, publié le 25/09/2008

Cet iconoclaste de droite n’appartient pas au cabinet officiel du président, mais exerce une influence croissante au sommet de l’Etat. Portrait du plus atypique des hommes de l’ombre.

C’est lui qui ouvre le feu. Lors des réunions « de stratégie et de communication » que Nicolas Sarkozy convoque régulièrement, et même fréquemment depuis la rentrée, le président commence par passer la parole à Patrick Buisson. Ce journaliste de 59 ans a décliné à plusieurs reprises, et encore récemment, la proposition d’être le « conseiller spécial » du chef de l’Etat.

Spécial, il l’est, et même atypique ; il refuse plutôt de devenir un collaborateur parmi les autres et préfère rester hors système. Identité politique: catholique traditionnel appartenant à la droite contre-révolutionnaire. Spécialité: sa connaissance des classes populaires. « Il a un avis tranché et sûr, ce qui lui permet de parler avec énormément d’assurance au président, plus que beaucoup d’autres », raconte un conseiller.

Le 24 septembre 2007, Nicolas Sarkozy lui remet la Légion d’honneur: « Un journaliste de conviction, ce qui est rare. Un journaliste de grande culture, ce qui est très rare. Et si les convictions de Patrick le portaient à droite, cela ne ferait qu’équilibrer ceux que leurs convictions portent ailleurs. » Ce jour-là, le chef de l’Etat le désigne comme l’un des artisans décisifs de son élection.

Quand, pendant la campagne, après les incidents de la gare du Nord, Nicolas Sarkozy recadre ses troupes, tentées de revenir au débat économique et social – « Je me suis démené depuis trois jours pour braquer de nouveau la campagne sur la droite, laissez-la où elle est » – il est sur la ligne Buisson.

Le ministère de l’Identité nationale ? Il est sur la ligne Buisson: celui-ci plaidait pour une « transgression forte » et soulignait les risques de « notabilisation » du candidat. Les racines chrétiennes de l’Europe, l’évocation de Jean-Paul II dans un journal de 20 heures à six jours du vote, message destiné aussi bien aux centristes troublés par les propos sur le déterminisme génétique qu’à l’électorat frontiste et traditionaliste: il est sur la ligne Buisson. Au premier tour, le candidat de l’UMP obtient 31,2 %. Le chiffre clef de l’élection, qui lui assure la victoire.

« Il a donné à Nicolas Sarkozy le code, les mots qu’il faut employer pour séduire les électeurs du FN« , confie à L’Express Jean-Marie Le Pen, qui parle de Buisson comme d’un « ami », alors que les deux hommes ne se voient plus guère, à quelques exceptions près.

Au début de 2007, celui qui est alors producteur et animateur sur LCI rencontre le président du parti d’extrême droite dans son bureau, pour une interview filmée. Il souhaite entendre l’analyse de Le Pen sur la situation politique – il l’a toujours considéré comme l’un des meilleurs dans ce domaine. « Il est venu vous prendre le pouls, c’est sûr ! » glisse à Le Pen un proche.

A l’Elysée, Patrick Buisson introduit de nouveaux outils pour analyser l’opinion, jugeant inadaptés ceux qui existaient auparavant. Chaque acte du président est décortiqué dans sa notoriété et dans son degré d’approbation à travers deux baromètres, l’un hebdomadaire, l’autre mensuel. Parmi les gestes jugés essentiels de la reconstruction du lien entre le chef de l’Etat et les classes populaires, Buisson cite la mise en scène solennelle, le 15 mai, de l’annonce du droit d’accueil à l’école en cas de grève.

Un chef de l’Etat qui n’abdique pas, qui affiche sa détermination et qui prend une mesure dirigée vers les défavorisés: voilà le schéma idéal, selon Buisson, pour qui le régalien est autrement plus important que l’économique. Jamais il n’a constaté que les questions de pouvoir d’achat avaient entraîné une dégradation de l’image du président. Il croit d’abord à la sémantique et à la sémiologie, aux mots et aux symboles – le « Kärcher » et la « racaille » annonçaient déjà, dans son esprit, la victoire de 2007, transgressions verbales que Le Pen lui-même ne s’autorisait plus.

Lors de réunions de crise, il s’est parfois exprimé avant le Premier ministre, ce qui n’a pas facilité l’élaboration de bonnes relations avec François Fillon. Ses contacts quotidiens avec Nicolas Sarkozy sont regardés avec méfiance par le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, qui n’apprécie pas forcément la manière dont Buisson aspire à être le conseiller privilégié du chef de l’Etat.

Observer la vie gouvernementale relève aussi de ses tâches. Après le limogeage du patron des forces de sécurité de Corse, Dominique Rossi, il a prévenu le président: ce dernier ne saurait être draconien avec les militaires ou les policiers et laisser accroire que les ministres, certes évalués, échapperaient à la sanction. Il en voit quelques uns, principalement ceux du « G 7 », une structure dont il a soufflé l’idée à Sarkozy – Xavier Bertrand, Brice Hortefeux, Xavier Darcos, Eric Woerth, Laurent Wauquiez – à qui il demande la plus totale discrétion sur leurs rendez-vous.

Il savoure la revanche du paria

Il cherche aussi, avec ses acolytes du « comité de pilotage », à redonner une identité à l’UMP. Quand les responsables du parti plébiscitent un slogan sur le « président du changement », il les en dissuade. Autant la rupture était comprise des classes populaires, interprétée comme un rejet de certaines pratiques politiques, autant le changement risque de les inquiéter.

Pour anticiper les réactions de ces catégories, rien ne vaut l’Histoire. Patrick Buisson a beaucoup lu sur les comportements populaires depuis la Révolution, de Philippe Ariès à Raoul Girardet, en passant par Louis Chevalier et ses fameuses Classes laborieuses et classes dangereuses. Il en a tiré des leçons sur l’attirance pour les schémas césariens, qui reposent sur le volontarisme d’un homme. « La grande période du PCF, dans les années 1945-1950, correspond à celle où il était conservateur, nationaliste, autoritaire », relève-t-il.

Là où lui évoque un retour au peuple, certains, y compris parmi les amis du président, s’inquiètent d’une dérive à droite. Etudiant à Nanterre à la fin des années 1960, Buisson se lie avec Alain Renault, militant du groupuscule « Ordre nouveau »et futur secrétaire général du FN. Ensemble, les deux hommes publieront, en 1984, L’Album Le Pen. Il écrit aussi OAS, histoire de la résistance française en Algérie, avec un universitaire d’extrême droite, Pascal Gauchon.

Directeur de la rédaction de Minute entre 1986 et 1987, Buisson affiche une ligne claire, qu’il explique au Quotidien de Paris: « Le Pen, le RPR et le PR, c’est la droite. Souvent, c’est une feuille de papier à cigarettes qui sépare les électeurs des uns ou des autres. » Sa stratégie est très minoritaire à l’époque. Du coup, il se rapproche de Philippe de Villiers – « Il est à droite de chez moi », remarque aujourd’hui le député de la Vendée – et contribue à sa campagne présidentielle de 1995. En 2002, il oscille entre François Bayrou, dont il sait qu’il est culturellement de son camp, et Alain Madelin.

Le voilà désormais à 100 % sarkozyste, depuis qu’il a bluffé le futur président en lui annonçant la victoire du non au référendum sur la Constitution européenne quand le oui triomphait dans les sondages. Mais pas pour autant à ses côtés à temps plein. Il savoure la revanche du paria. Son parcours est plus disparate qu’il y paraît: il a connu, sur le tard, Léo Ferré et oeuvré à la parution d’un ouvrage posthume de l’artiste.

En novembre, il publiera un livre sur la guerre de 14-18 avec un sarkozyste au passé opposé au sien, Max Gallo. En avril dernier, celui qui dirige, depuis près d’un an, la chaîne Histoire, filiale du groupe TF1, s’est autorisé une audace: la publication de 1940-1945, années érotiques (Albin Michel), un livre de plus de 500 pages sur un sujet qu’il savait ô combien risqué pour lui, un livre qui défend une thèse hardie sur la libido comme clef du comportement sous l’Occupation et décrit une France femelle en adoration devant la virilité des vainqueurs. Déjà, il prépare le second volume. Titre envisagé: « De la grande prostituée à la revanche des jules ».

Patrick Buisson: « Sarkozy, dernier rempart »

L’Express

Patrick Buisson: « Sarkozy, dernier rempart »

Par Eric Mandonnet, publié le 02/09/2009 16:54 – mis à jour le 03/09/2009 15:52

Ancien journaliste, directeur de la chaîne Histoire, le politologue Patrick Buisson travaille pour Nicolas Sarkozy sur les questions de communication et les études d'opinion.Axelle de Russe/ABACAPRESS.COM

Ancien journaliste, directeur de la chaîne Histoire, le politologue Patrick Buisson travaille pour Nicolas Sarkozy sur les questions de communication et les études d’opinion.

Il est l’un des hommes que le chef de l’Etat écoute le plus. C’est la première fois depuis qu’il travaille pour lui qu’il s’exprime. Sur sa mise en cause dans le rapport de la Cour des comptes consacré au budget de l’Elysée; sur le rôle des sondages; sur la nature des liens entre le président et les Français.

Il participe aux réunions « de stratégie et de communication » qu’organise, presque chaque semaine, Nicolas Sarkozy. Il est celui auquel le président dit devoir, en partie, son élection. Patrick Buisson est un politologue à l’identité politique sulfureuse: catholique traditionnel appartenant à la droite contre-révolutionnaire. Depuis juillet, il est au coeur d’une polémique déclenchée par la Cour des comptes. Interview exclusive.

Vous êtes conseiller de Nicolas Sarkozy, sans appartenir à son cabinet. Comment définiriez-vous votre rôle auprès du président ?

Je ne suis pas conseiller de Nicolas Sarkozy. J’accomplis une mission de conseil dont est chargée ma société auprès de la présidence de la République. Les mots ont un sens et l’impropriété sémantique est souvent une porte ouverte à la malveillance. Cela permet de suggérer, comme je l’ai lu quelque part, qu’il pourrait y avoir conflit d’intérêt, ce qui n’est plus seulement malveillant, mais carrément diffamatoire. Mon rôle ? Il est de faire vivre et prospérer le lien direct que Nicolas Sarkozy a établi avec les Français, notamment avec les catégories populaires, lors de la campagne présidentielle. Tout l’intérêt des enquêtes est dans la compréhension, et donc dans l’anticipation des mouvements de l’opinion, mais ces études ne constituent qu’un outil parmi d’autres au service de l’analyse politique et des préconisations stratégiques.

En juillet, la Cour des comptes, dans son rapport sur le budget de l’Elysée, s’interroge sur les conditions dans lesquelles a été passée, en 2007, une convention entre la présidence et un cabinet d’études, le vôtre, pour « un coût avoisinant 1,5 million d’euros ». Aucune mise en concurrence, une convention au caractère « exorbitant »: que répondez-vous à Philippe Séguin, qui a indiqué que les conditions n’étaient pas conformes aux règles de l’exécution de la dépense publique ?

Elles n’étaient pas conformes pour la simple et bonne raison que la convention passée avec ma société n’était pas soumise au Code des marchés publics, à l’époque où celle-ci a été signée. Cette relation contractuelle a été, en effet, formalisée en juin 2007, c’est-à-dire plusieurs mois avant que Nicolas Sarkozy ne prenne l’initiative de soumettre le budget de l’Elysée au contrôle de la Cour des comptes. Car il ne faudrait tout de même pas oublier que, dans cette affaire, la transparence a été voulue par le président, pour rompre avec l’opacité des pratiques antérieures. N’en déplaise aux donneurs de leçons et autres confiseurs en déontologie, ma société est la première, dans toute l’histoire de la Ve République, dont l’activité dans ce domaine ait fait l’objet d’un encadrement contractuel.

Mélange des genres ?

Selon Le Monde, la chaîne Histoire, dont vous êtes le directeur général, a bénéficié de financements du ministère de la Culture. En tant que conseiller de Nicolas Sarkozy, vous avez rencontré la ministre de l’époque, Christine Albanel. Comment échapper à l’accusation de mélange des genres?Patrick Buisson: Avec un peu d’honnêteté intellectuelle, cela doit être possible, puisque n’étant, je le répète, ni membre du cabinet du président, ni fonctionnaire, ni élu, j’exerce toutes mes activités dans le cadre d’entreprises privées. S’il y a mélange des genres, c’est celui que pratique une certaine cléricature médiatique en s’arrogeant un magistère à base de moraline et de sectarisme. Le ministère de la Culture parraine une émission de la chaîne Histoire consacrée à la mise en valeur du patrimoine. Il est là pleinement dans son rôle et il ne s’agit ni d’une subventionni d’un marché, mais d’une opération classique, qui ne nécessite aucun appel d’offres. Personne ne trouve rien à redire quand ce même ministère parraine, dans les mêmes conditions, des programmes de la télévision publique, les « forums culturels » de Libération au théâtre des Amandiers ou la Fête de L’Humanité. Le scandale, pour ces maîtres censeurs, c’est que de l’argent public aille à une télévision privée, et plus précisément à une filiale du groupe TF 1, en l’occurrence la chaîne Histoire, qui, soit dit en passant, est la seule chaîne 100 % culturelle du câble et du satellite. Le milliard d’euros d’aides que distribue chaque année l’Etat à la presse et la manne de la communication institutionnelle ne semble pas, en revanche, leur poser le moindre problème éthique. Il est vrai que ce sont les mêmes qui nous ont expliqué que la suppression de la publicité après 20 heures à la télévision publique était, en réalité, un « formidable cadeau » de Nicolas Sarkozy à son ami Martin Bouygues. On a vu qu’il n’en a rien été.

Faut-il rappeler que, jusqu’à l’élection de Nicolas Sarkozy, le traitement des sondages était, à l’Elysée, justiciable des fonds secrets, sans que cela suscite la curiosité ou l’indignation de quiconque? C’est la mission de la Cour de s’inquiéter du contrôle de la dépense. Mais j’ai du mal à comprendre son inquiétude rétrospective. Il est bien évident que les factures émises par mon cabinet ont toujours été visées, faute de quoi on se demande par quel miracle elles auraient été payées.

Il y a toujours un ordonnateur et un payeur qui sont des personnes distinctes. Dès lors qu’elles étaient « visées » et faisaient l’objet d’un « bon à payer » par la présidence, il allait de soi que l’intérêt de telles commandes ne faisait aucun doute pour celle-ci.

La Cour des comptes relève qu’outre vos honoraires mensuels de 10 000 euros, vous avez adressé près de 130 factures à l’Elysée, pour plusieurs centaines de milliers d’euros. Comment en arrive-t-on à un tel montant ?

Le problème, c’est qu’il y a une totale confusion dans les chiffres, si bien qu’on ne sait jamais lequel se rapporte à quoi. Mon cabinet a commandé et réglé, non pas « près de 130 », mais 134 études ou enquêtes auprès des instituts. Le coût total de cette prestation pour la présidence aura été, pour 2008, de 1 082 400 euros. Soit un prix moyen de 8000 euros par enquête. Ce qui correspond au prix du marché: 1200 pour la question par téléphone, 800 pour la question dans une enquête réalisée par Internet.

A titre de comparaison, le budget annuel que le Service d’information du gouvernement (SIG) consacre aux enquêtes d’opinion s’élève à 4,5 millions d’euros. Un budget « études » quatre fois moins élevé pour une « hyperprésidence » dans une première année de mandat n’est peut-être pas une dépense extravagante.

« Sur les 35 études diverses facturées en 2008, au moins 15 avaient également fait l’objet de publications dans la presse », note le rapport. De là vient l’accusation de manipulation de l’opinion : pourquoi l’Elysée d’un côté, Le Figaro et LCI de l’autre (qui diffusent le « Politoscope »), payaient-ils les mêmes sondages ?

La méconnaissance des modes de réalisation des études d’opinion excite, depuis toujours, l’imaginaire prolifique de ceux qui, faute de les comprendre, sont enclins à y voir les ressorts cachés d’un « grand complot ». De ce point de vue, l’enquête dite « omnibus », qui, pour des raisons de coût, regroupe, dans un même questionnaire, les questions posées par différents clients, est une machine à alimenter tous les fantasmes.

La cohabitation de plusieurs commanditaires entretient les soupçons de connivence, voire de collusion, surtout quand on ne prend pas la peine de savoir qui achète quoi et à quel prix. Ma société, qui a pour objet l’analyse de l’opinion, se voit chaque semaine sollicitée pour participer à ces enquêtes omnibus.

Lorsqu’elle décide de le faire, c’est soit pour ajouter des questions spécifiques à l’enquête, soit pour acheter les « tris » des questions déjà vendues par ailleurs – généralement à des médias – parce que ces données présentent un intérêt pour sa mission en termes d’analyse stratégique. Car les résultats d’un sondage ne s’éclairent qu’à la lumière de ces « tris croisés », c’est-à-dire des classements par âge, sexe, catégorie professionnelle, proximité partisane, niveau de diplôme et de revenus, etc.

Plus ces tris sont sophistiqués, plus ils ont de valeur interprétative. C’est le cas du « Politoscope » d’OpinionWay, qui n’est pas, comme l’écrit la Cour, une enquête à un « rythme bimensuel », mais un omnibus hebdomadaire. J’ajoute que l’achat des tris est un usage ancien et courant chez les acteurs institutionnels.

Enfin, un outil comme le « Politoscope », ce n’est pas simplement les résultats publiés dans les journaux, c’est, pour la seule année 2008, 6 000 pages de tris stockées sur disques.

Le PS souhaite la création d’une commission d’enquête parlementaire. Etes-vous prêt, le cas échéant, à répondre à une convocation des députés ?

Nous sommes face à une campagne politique. Ce type d’agitation est surtout révélateur de l’état de déréliction absolue qui est celui des socialistes. Car, enfin, la théorie du complot, de la manipulation, c’est vraiment le niveau zéro de l’analyse.

Si j’en crois le mémoire d’OpinionWay, les résultats de ses questions publiées en 2008 sont loin d’être les plus favorables à l’exécutif, notamment la cote de popularité de Nicolas Sarkozy, pour laquelle il se classe au cinquième rang sur les sept sondeurs qui la mesurent.

Qui ne voit qu’en ce domaine la concurrence entre instituts est le meilleur des garde-fous et, du même coup, une assurance quant à la fiabilité des résultats? Le PS souffre d’une étrange pathologie: il préfère penser que les sondages sont faux, pour mieux oublier que les élections sont vraies, sauf peut-être celles qu’il organise en interne.

La crise financière redonne-t-elle une chance à la social-démocratie?

Au contraire, elle l’enfonce. D’abord parce que la crise et l’endettement des Etats affectent les politiques de redistribution, qui constituaient la rente électorale des partis sociaux-démocrates. Ensuite, parce que les socialistes ne veulent pas comprendre que la demande d’Etat a sensiblement changé de contenu. Elle ne porte plus seulement sur un rôle de régulation dans le secteur de l’économie, mais sur le renforcement des fonctions protectrices de l’Etat dans la société.

Un exemple ? Face aux désordres engendrés par la mondialisation en matière de flux migratoires, le PS est partisan du « moins d’Etat » et toute une partie de la gauche ne veut pas d’Etat du tout: ni frontières, ni contrôle, ni principe de précaution.

Tant qu’ils n’auront pas accompli cette révolution culturelle, les socialistes français resteront coupés du peuple. Les quadras du PS sont, comme leurs aînés, tributaires du même biotope: think tanks, médias et agences de communication, dont la principale caractéristique est d’ignorer ou de mépriser les attentes des catégories populaires.

Autant dire que je ne vois pas un candidat transgressif sortir de ce languissant psychodrame. Les sempiternels débats sur les questions de procédure et les configurations d’alliance montrent qu’ils posent toujours leurs problèmes en termes d’arithmétique et non de dynamique électorale.

"Politique d'abord", c'est le moteur de l'action du président (ici chez Alstom)REUTERS/Philippe Wojazer

« Politique d’abord », c’est le moteur de l’action du président (ici chez Alstom)

En quoi la crise modifie-t-elle le lien entre Nicolas Sarkozy et les Français?

La supériorité de Nicolas Sarkozy tient dans sa capacité à incarner l’autorité de l’Etat et à assumer pleinement les fonctions régaliennes qui lui sont liées. En période ordinaire, c’est un atout majeur. En période de crise, c’est un capital inestimable qui le fait apparaître comme le seul référent politique stable dans un environnement chaotique, le dernier rempart contre les désordres nés de la crise.

Le scrutin de 2007 a concrétisé ce que l’on sentait confusément: à savoir le retour au modèle du leadership qui, dans l’histoire, supplée toujours à un vide de la culture, à l’épuisement des idéologies et des expertises. A première vue, l’élection américaine de 2008 s’inscrit dans un schéma identique.

Mais il existe, à mon sens, une grande différence entre le « Yes we can » d’Obama et le « Ensemble tout devient possible » de Sarkozy. Le premier exprime ce que Heidegger appelait la « volonté de volonté sans contenu » ou, si l’on préfère, la puissance pour la puissance, sans aucun message particulier: oui, nous le pouvons, mais nous pouvons quoi? La réponse se fait encore attendre. Le second renvoyait à l’adéquation entre un homme et un programme, et non à une personnalité en tant que substitut d’idées devenues évanescentes.

Quel est le principal danger qui guette le président dans son rapport avec l’opinion?

Observons, d’abord, que rien de ce qui a été écrit depuis le début de la crise à propos du lien entre le chef de l’Etat et les Français ne correspondait à la réalité. Le prurit révolutionnaire était dans les médias, pas dans la rue, encore moins dans les urnes.

Cela étant, l’hyperprésidence volontariste de Nicolas Sarkozy a créé un niveau d’attente qui risque d’amplifier les mouvements erratiques de l’opinion. Ce président si peu monarque, si peu enclin à endosser la dimension sacrale de sa charge, suscite des espérances dignes d’un roi thaumaturge. En cas de déception, sa popularité pourrait en souffrir, mais je suis de ceux qui croient à la primauté du politique, c’est-à-dire de l’ordre symbolique sur l’économie. Il y a un mot superbe de Cioran qui résume cela: « Privée d’un parfum d’inutilité, l’Histoire ressemblerait à un guichet de banque. »

Au final, le quinquennat se jouera moins sur le bilan que sur la capacité du pouvoir à imaginer la France d’après la crise et à jeter les bases d’une société du mérite et du travail, en rupture avec les errances du système. La droite n’a rien à gagner à être réduite au parti de l’économie, au parti du matérialisme absolu, car, comme le démontre, avec une régularité confondante, l’histoire électorale, cette dimension n’influence qu’à la marge le choix des électeurs.

Il suffit d’examiner le résultat des scrutins majeurs en Europe depuis vingt ans pour s’apercevoir que le score des sortants n’est absolument pas en corrélation avec l’évolution du taux de chômage. Le cimetière des grands battus du suffrage universel est plein de candidats au bilan économique flatteur.

Inversement, des gestionnaires malheureux sont sortis régénérés du bain électoral. D’autres l’ont dit avant moi: « Politique, d’abord. » Ce que vient d’imposer Nicolas Sarkozy aux banques et aux banquiers en est la meilleure illustration.

Les régionales de 2010 auront-elles une forte signification nationale ?

Ce sont des élections locales, dans lesquelles le PS peut encore faire bonne figure grâce à une fiscalité qui lui conserve des marges de manoeuvre pour la redistribution et le clientélisme. Les collectivités territoriales représentent en quelque sorte la base de repli historique de la social-démocratie, sa peau de chagrin.

L’alchimie de la présidentielle est d’une tout autre nature. Il y a, sans conteste, dans le précipité de cet exercice de démocratie directe un fond de césarisme et des molécules plébiscitaires. Ce qui, culturellement, constitue un lourd handicap pour les candidats du PS, qui sont censés être d’abord l’émanation d’un projet collectif. Seul Mitterrand est parvenu à le surmonter, parce que sa culture, son tempérament et sa pratique politique devaient plus à son milieu idéologique d’origine, c’est-à-dire la droite autoritaire, qu’à sa dernière famille d’adoption. Il fut d’ailleurs un modèle parfaitement abouti et très respectable de monarque républicain.

Le problème que pose au PS l’élection du président au suffrage universel touche à l’essence même de ce scrutin. C’est la raison pour laquelle les plus avisés à gauche sont favorables à sa suppression, mais n’osent pas pour la plupart l’assumer publiquement.

Quelles certitudes avez-vous, à ce jour, à propos de 2012?

Une seule, mais elle est massive : les électeurs qui feront la décision sont ceux qui se sont abstenus à l’occasion des élections européennes. Près de 19 millions de Français qui avaient participé à la présidentielle de 2007 ont, en effet, choisi de ne pas aller voter le 7 juin dernier.

Le profil de ces abstentionnistes nous est parfaitement connu: c’est la France du travail, des ouvriers et des employés, des précaires et des exposés, des sans-diplôme et des faibles revenus. Bref, la « France qui souffre », qu’avait su mobiliser le candidat Sarkozy en 2007. Rien n’est pire que de se tromper dans l’appréciation des catégories décisives du marché politique. Le sarkozysme étant un empirisme sans tabou, je le crois à l’abri de ce genre d’écueil. Parce que, tôt ou tard, il finit toujours par retrouver le chemin du réel.

Patrick Buisson, conseiller occulte de Sarkozy?

Rédigé par Ph. C. le Samedi 7 Avril 2007
Officiellement, Patrick Buisson est journaliste, animateur de l’émission «Politiquement show», sur LCI. Ancien du Crapouillot et de Minute, il a été directeur de la Sepa, la société éditrice de disques de Le Pen, auteur d’OAS, histoire de la résistance française en Algérie. Un passé qui explique sa motivation pour rapprocher droite et extrême droite. Il est aujourd’hui salarié de LCI, mais aussi l’actionnaire principal d’une société, Publifact, dont les performances (45% de résultat net en 2005, 55% en 2004, pour un chiffre d’affaires de 560 000 Euros) sont remarquables.

En fait, Patrick Buisson conseille les hommes politiques. Philippe de Villiers reconnaît avoir longtemps utilisé les services de Buisson, que celui-ci a aussi proposés à Charles Pasqua, à Alain Madelin et à François Bayrou. Point commun entre tous ces leaders politiques: leur audience flirtait avec le fameux seuil fatidique des 5%, sous lequel les frais de campagne ne sont pas remboursés. Très bon connaisseur des techniques de sondage, longtemps éditeur de la seule revue spécialisée dans ce domaine, Patrick Buisson a la réputation de proposer à ses «clients» de défendre au mieux leurs intérêts auprès des instituts en «négociant» des passages du «brut» au «net» qui leur seraient favorables. Le même type d’«intermédiaire» existerait à gauche. Bien entendu, les patrons d’institut haussent les épaules. Mais, quand la marge d’erreur est de 4%, «donner un coup de pouce» à un «client» est-il si inimaginable? Aujourd’hui, selon les témoignages concordants de proches de Sarkozy, Patrick Buisson conseillerait le candidat de l’UMP. Ce dernier aurait été très impressionné par le fait que Buisson a anticipé, dès l’automne 2004, le non au référendum sur le traité européen de 2005. Reçu en tête à tête, Buisson aurait convaincu Sarkozy que la présidentielle de 2007 se gagnerait à droite et non au centre. Avant qu’Henri Guaino n’intervienne en sens inverse…

Il est vrai que Patrick Buisson a quelques «faits d’armes» à son actif. A l’approche des élections de 1999, le débat faisait rage au sein de la droite antimaastrichtienne. Une partie des pasquaïens (William Abitbol, Jean-Jacques Guillet…) prônait une liste «ni droite ni gauche», ouverte à des chevènementistes comme Max Gallo. Une autre faction souhaitait une alliance avec Philippe de Villiers. Pendant quelques semaines, les sondeurs testèrent les deux candidats. Généralement, Pasqua devançait Villiers. Par exemple, 9,5% contre 4%, dans un sondage Louis Harris- Valeurs actuelles publié le 15 janvier 1999. Mais les pasquaïens «droitiers» (Jean-Charles Marchiani, Pierre Monzani), qui prirent secrètement langue avec Villiers, ne désarmaient pas. Un sondage BVA-Politique opinion inversa la donne en avril: 4% pour Pasqua et 5% pour Villiers. Le patron des Hauts-de-Seine paniqua: sous la barre des 5%, il ne pouvait prétendre au remboursement de ses frais de campagne. Du coup, ce résultat le fit basculer en faveur d’une alliance avec Villiers. Et leur liste créa la surprise du scrutin en devançant celle de Sarkozy.

Succès électoral stérile, pasquaïens et villiéristes ne tardèrent pas à scissionner comme des trotskistes.

Mais le plus intéressant est ailleurs. Au cours de la campagne, le trésorier de la liste a été sommé de payer une «étude» commandée – avant même l’alliance avec Pasqua – par Philippe de Villiers à un expert nommé Patrick Buisson. Or l’«étude» ne consistait qu’en une vague compilation de sondages suivie d’une courte synthèse. Rien qui justifiât une facture de près de 250 000 F TTC. Grisé par son succès, Pasqua donna l’ordre de régler la facture. Plusieurs de ses fidèles pensent toujours, eux, que l’étude facturée par Buisson n’a servi qu’à «obtenir» un sondage plus favorable à Philippe de Villiers, lequel nie toute intervention dans ce sens. Mais les pasquaïens de droite, eux, n’étaient peut-être pas restés inactifs. Patrick Buisson refuse, lui, de répondre à Marianne.