Sondages élyséens: le tribunal remplace le Parlement

Sondages élyséens: le tribunal remplace le Parlement

Gérald Andrieu – Marianne | Mardi 2 Février 2010 à 05:01

L’affaire des enquêtes d’opinion payées par l’Elysée n’aura finalement pas droit de cité à l’Assemblée nationale, malgré les efforts des socialistes pour décrocher une commission d’enquête. C’est donc devant la justice que l’on en saura plus: OpinionWay et Patrick Buisson ont en effet attaqué Marianne. Procès aujourd’hui et vendredi…

Le rapport de la Cour des comptes rendu public en juillet dernier n’y allait pas par quatre chemins. Ce qu’il révélait tenait en cinq points troublants :

1) La Présidence a versé près d’1,5 million d’euros à un cabinet d’études chargé de jouer les intermédiaires entre l’Elysée et des instituts de sondages.
2) Le partenariat qui liait l’Elysée et ce cabinet s’était fait sur la base d’une simple convention sans passer par la procédure pourtant obligatoire d’appel d’offre.
3) Cette convention (qui tenait sur une maigre page !) donnait tout pouvoir à ce cabinet : il « sera chargé de juger de l’opportunité, dans le temps et dans les thèmes, des sondages ou études d’opinion dont il confiera l’exécution aux instituts spécialisés de son choix, sur la base d’une facturation ponctuelle incluant la rémunération par [le cabinet] de ses sous-traitants techniques ».
4) Ce cabinet était, d’après la Cour des comptes, « un client du “Politoscope”, enquête grand public “omnibus” réalisée par l’institut OpinonWay, dont les résultats sont publiés par Le Figaro et LCI ». Ce que s’est empressé de nier OpinionWay.
5) La Cour des comptes soulevait un autre problème : sur les 35 études facturées par ce mystérieux cabinet, au moins 15 avaient fini dans les médias.
Depuis, les informations se sont faites plus précises. Le nom du cabinet — révélé par Marianne2 — est désormais connu de tous : il s’agit de Publifact dirigé par Patrick Buisson, le conseiller ès sondages de Nicolas Sarkozy.
Mais malgré tout cela, il n’y aurait pas d’affaire des sondages élyséens ! Les députés, en tout cas, n’en débattront pas publiquement puisqu’il n’y aura pas d’enquête parlementaire sur le sujet. Ce n’est pourtant pas faute pour le groupe PS à l’Assemblée nationale d’avoir essayé. À plusieurs reprises même. Mais à chaque fois la majorité est parvenue à faire capoter l’initiative ou à en réduire le champ de compétence grâce au nouveau règlement intérieur de l’Assemblée. Un nouveau règlement issu de la réforme constitutionnel de Nicolas Sarkozy et qui est « fait de telle manière », explique-t-on côté socialiste, « qu’il fait s’abattre une chape de plomb » sur le Palais bourbon.

Il n’empêche, dans les rangs des députés PS, on explique « ne pas renoncer » et n’avoir « retirer de l’ordre du jour » la dite demande de création de commission d’enquête que « temporairement ». Il est pourtant peu probable qu’elle revienne sur le tapis. Reste une autre solution : passer par la Commission des finances. Mais la décision serait « à la discrétion de son président ». Et quand bien même aurait-elle lieu, elle ne permettrait d’aborder que la partie financière et économique du dossier. Quid alors du reste de l’affaire ?

Pour le reste, c’est peut-être finalement demain et vendredi, devant la 17e Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris, que l’on en apprendra plus. OpinionWay et Patrick Buisson ont en effet décidé d’attaquer Marianne et Marianne2.fr à qui ils réclament plusieurs centaines de milliers d’euros. Patrick Buisson et les responsables d’OpinionWay considèrent-ils qu’ils n’ont pas assez gagné d’argent avec l’Elysée ? Ils ont décidé en tout cas de frapper à la caisse, le nerf de la guerre… Mais ces deux procès auront au moins un mérite : débattre tout haut de cette affaire sur laquelle le camp présidentiel semble ne surtout pas vouloir revenir. Et qui sait : les audiences permettront peut-être de lever un peu plus encore le voile sur les relations Elysée – Publifact – OpinionWay – Le FigaroLCI
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