Des usages des sondages en République

AGORA / sciences sociales

Des usages des sondages en République

Date décembre 18, 2009

L’Observatoire des sondages assure une veille scientifique -et serait-on tenté d’ajouter civique- sur la manière dont les sondages sont conçus, passés et utilisés dans l’espace public. Parmi ses préoccupations, les développements qui ont suivi le rapport de la Cour des Comptes du 16 juillet 2009 concernant les finances de la Présidence de la République. L’addiction sondagière du Chef de l’Etat était ainsi confirmée, mais était également révélée les montant exorbitants facturés à ce dernier par la société Publifact appartenant à l’un des conseillers de M.Sarkozy, Patrick Buisson.

Si les médias – Canard enchaîné excepté- ont été “curieusement” peu enclins à suivre les prolongements de ce dossier, le quotidien Libération a cependant publié une tribune d’Alain Garrigou, membre de la rédaction et du Comité scientifique de  l’Observatoire des sondages au côté de chercheurs reconnus  dans ce domaine comme Patrick Champagne, Daniel Gaxie, Bernard Lacroix et Patrick Lehingue ,  le 6 novembre dernier mettant en cause M.Buisson et sa société,  lequel a rétorqué une semaine plus tard en déposant une plainte pour diffamation contre le politiste et le journal.

L’ensemble de cette affaire, que l’Observatoire des sondages a baptisée “Opiniongate” est récapitulée en quatorze épisodes -pour l’heure- sur le site de ce dernier.

Au-delà de l’affaire politique au sens étroit du terme se joue une certaine orientation des sciences sociales, que met bien en évidence un communiqué de l’Observatoire du 7 décembre dernier- encore une fois “curieusement” peu répercuté, et que nous reproduisons ci-dessous.

Sondages et sciences sociales

“En révélant la diversité des sondages et l’importance des sommes dépensées, la Cour des comptes a confirmé l’addiction de l’hôte de l’Elysée. Pris en faute, les budgets ont été transférés vers le SIG, dépendant de Matignon, mais dirigé par un publicitaire proche du Président. Il n’est pas nécessaire de faire un dessin. S’il est des enseignants qui pourraient se féliciter de cette sondophrénie, ce sont les enseignants de SES (sciences économiques et sociales) qui forment leurs étudiants aux méthodes d’enquêtes scientifiques, sociologiques et statistiques. Ils acquièrent dans cette filière une compétence nécessaire à la maîtrise de ces outils de connaissance de la société et de gestion politique. Comment ne pas s’étonner alors des attaques menées par le gouvernement contre les SES ? Est-il absurde de relier la consommation effrénée de sondages par L’Elysée et la relégation programmée des savoirs sur la société ?

On ne saurait s’abuser : autant le pouvoir aime les sondages autant il déteste la compétence scientifique. Il ne s’agit pas d’apprendre mais de manipuler et on ne manipule jamais mieux que des cerveaux ignorants et dociles. Il faut mettre au même rang le projet de supprimer l’histoire en terminales. Qu’étudiera-t-on dans les lycées ? Du management et du marketing. Avec des études de marché et des sondages bidons. Et un public interdit devant le déluge de chiffres et de pourcentages.”

Source : http://agora.hypotheses.org/2009/12/18/de-lusage-des-sondages-en-republique/

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