Sondages de l’Elysée: Accoyer cède et défie Alliot-Marie

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Sondages de l’Elysée: Accoyer cède et défie Alliot-Marie

Gérald Andrieu – Marianne | Mardi 10 Novembre 2009 à 17:01 | Lu 8798 fois

Bernard Accoyer a donné son accord à la poursuite de la procédure visant à créer une commission d’enquête parlementaire sur le sujet. Une avancée qui s’accompagne, en coulisses, de pressions judiciaires sur les médias qui s’intéressent de trop près à l’affaire: Libération et Marianne…

OpinionGate — expression inventée par l’Observatoire des sondages à propos de l’affaire des enquêtes d’opinion de l’Elysée — progresse chaque jour un peu plus. Ce matin, une étape majeure vient d’être franchie. Le président UMP de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a en effet décidé de prendre ses responsabilités en donnant son accord à la poursuite de la procédure visant à ouvrir une commission d’enquête parlementaire. Une idée du Parti socialiste que l’exécutif — on le comprend — ­aurait aimé voir enterrer. Vendredi dernier, Michèle Alliot-Marie, en sa qualité de Garde des sceaux, se chargeait de jouer les fossoyeurs et excluait la possibilité d’un contrôle parlementaire sur la présidence de la République, jugeant cette démarche inconstitutionnelle. En vain donc et c’est désormais à la commission des lois de l’Assemblée nationale de se prononcer.
Mais alors que l’affaire progresse du côté des parlementaires, elle prend un fâcheux tournant sur le plan judiciaire, les procès au portefeuille des médias se multipliant. Il y a déjà de longues semaines, OpinionWay et Patrick Buisson, le conseiller de Nicolas Sarkozy dont le cabinet Publifact servait d’intermédiaire entre l’Elysée et les sondeurs, ont décidé d’attaquer en justice Marianne qui a été parmi les premiers à faire éclater l’affaire : pas moins de trois procédures lancées et près de 500 000 euros de dommages et intérêt demandés. Hier, Lexpress.fr et Lejdd.fr révélaient de concert que le même Patrick Buisson attaquait Libération en diffamation et pour injures publiques.

Erreur de marge et marges d’erreur…

Dans son édition de vendredi, le quotidien expliquait que l’intéressé aurait réalisé d’importantes marges sur les transactions engagées entre OpinonWay et le château : Libération parle de 83% de marge, soit 910 000 euros (1,1 million d’euros facturés à l’Elysée contre seulement 190 000 euros payés par Publifact à OpinionWay) ! Dans les colonnes de Libé, Alain Garrigou, professeur de sciences politiques et membre de l’Observatoire des sondages, s’interrogeait : « Pourquoi laisser Buisson se faire une marge de 900 000 euros sur son dos ? Soit c’est un escroc, soit c’est un petit soldat qui constitue un trésor de guerre pour payer des sondages durant la prochaine campagne électorale sans que ce soit visible dans les comptes de campagne du futur candidat Sarkozy. »

Pour Patrick Buisson, Libération et Alain Garrigou font fausse route. Sa mission auprès de l’Elysée, explique-t-il à Lexpress.fr, « comportait deux volets distincts : le premier concernant le conseil politique et stratégique, le second, une mission de direction des études incluant entre autres le recours aux enquêtes d’opinion. (…) Les instituts n’étaient pour Publifact que des sous-traitants techniques et les sondages qu’une composante d’une mission beaucoup plus vaste couvrant le suivi de l’opinion pour le compte de la Présidence ». D’après lui, cette double casquette justifierait la marge entre les sommes perçues de la Présidence de la République et « le montant des prestations facturées à [son] cabinet » par OpinionWay.

Selon Libération, ce dernier montant s’élèverait donc à 190 000 euros. Un chiffre jugé « totalement fantaisiste et très éloigné de la réalité » par Patrick Buisson. Le problème, c’est que ce chiffre, le journaliste de Libé ne l’a pas inventé pas. C’est la direction d’OpinionWay elle-même qui a avancé ce montant, d’abord dans Marianne2, puis, de façon elliptique, dans une tribune parue dans Le Monde le 31 juillet dernier : « Au total, (…) OpinionWay a facturé, en 2008, au cabinet-conseil moins de la moitié de la somme évoquée par la Cour — 392 000 euros — comme étant la facturation de ce même cabinet à l’Elysée. » Mais il est peu probable que Patrick Buisson ose traîner devant les tribunaux OpinionWay et Le Monde

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