Le PS tient à une commission d’enquête sur les sondages de l’Elysée

Le Monde 7/11/2009

Le PS tient à une commission d’enquête sur les sondages de l’Elysée

Le budget  » enquêtes d’opinion  » de la présidence s’est élevé à 3,2 millions d’euros en 2008

La commission élargie de l’Assemblée nationale examinait, jeudi 5 novembre, le budget des pouvoirs publics, dont celui de la présidence de la République, qui s’élève à 112,534 millions d’euros.

La Cour des comptes s’était interrogée, dans son rapport du 15 juillet, sur le  » cas particulier des études et sondages  » commandés par l’Elysée. Elle soulignait le caractère  » exorbitant  » de la convention signée avec Patrick Buisson, conseiller opinion de Nicolas Sarkozy, qui, par l’intermédiaire de sa société Publifact, fournissait l’Elysée en études commandées auprès d’instituts de sondage, au premier rang desquels OpinionWay (Le Monde du 18 juillet).

Auditionné le 13 octobre par la commission des finances, le directeur du cabinet de la présidence de la République, Christian Frémont, reconnaissant des  » anomalies  » et le  » manque de transparence de ce système « , assurait qu’il allait y être mis fin (Le Monde du 17 octobre). Le ministre des relations avec le Parlement, Henri de Raincourt, a, quant à lui, balayé d’une formule les demandes d’explications des députés :  » Il n’y a pas de lézard…  »

Pour Delphine Batho (PS, Deux-Sèvres), cette  » absence de réponse du ministre  » justifie  » plus que jamais  » la constitution d’une commission d’enquête, dont le groupe socialiste a fait la demande. Celle-ci sera examinée le 8 décembre : seule une majorité des trois cinquièmes peut s’y opposer.

Le rapport présenté jeudi par Jean Launay (PS, Lot) éclaire singulièrement les pratiques sondagières de l’Elysée. En 2008, le budget  » enquêtes d’opinion  » s’est élevé à 3,281 millions d’euros. Une partie était destinée à rémunérer les  » activités de conseil  » de la société Giacometti-Peron, dirigée par Pierre Giacometti, pour 723 580 euros, et de la société Publifact de Patrick Buisson, pour 1,474 million d’euros, dont 1,330 million correspondant à des études commandées à des instituts de sondage. L’Elysée a par ailleurs ordonné directement des sondages : le principal bénéficiaire en a été l’institut Ipsos, anciennement dirigé par M. Giacometti, pour 889 824 euros. Le reste se répartit entre Sociovision (89 700 euros), CSA (56 810 euros), TNS Sofres (38 272 euros) et l’IFOP (9 448 euros).

Le poste des études et sondages de l’Elysée en 2009 est estimé à 1,989 million d’euros. Il prévoit 665 574 euros pour les conseils prodigués par la société Giacometti-Péron et 143 520 pour ceux de Publifact. Le montant des enquêtes facturées par Publifact, puis par Publiopinion, également dirigée par M. Buisson, s’élève à 820 000 euros.

En dépit de cette apparente transparence, subsistent de multiples interrogations. Tout d’abord sur la frénésie de sondages de l’Elysée : pas moins de 165 en 2008, soit plus de trois par semaine. Certaines de ces enquêtes ne semblent pas relever du strict domaine d’intervention de la présidence de la République. En octobre 2008, Publifact commande à l’IFOP une enquête sur  » le climat politique en Ile-de-France  » (15 548 euros). Valérie Pécresse et Roger Karoutchi étaient alors en concurrence pour la désignation comme tête de liste de l’UMP pour les régionales de mars 2010. M. Karoutchi s’était élevé contre les  » manipulations  » faisant état d’un sondage  » confidentiel  » qui donnait l’avantage à sa rivale. Une autre étude commandé à OpinionWay en octobre 2008 (9 568 euros) porte sur les têtes de liste pour les élections européennes. Pour aider l’UMP à désigner les siennes ?

Les intitulés des sondages de l’Elysée font également ressortir de troublantes similitudes avec certaines études parues aux mêmes dates dans la presse. Ce que Mme Batho appelle  » une machine à fabriquer de l’opinion « .

Autre motif d’interrogation : Publifact a fait payer à l’Elysée, en 2008, un montant de 1,1 million d’euros pour les études commandées à OpinionWay. Les dirigeants de cette société assurent n’en avoir perçu que 190 000 euros. Selon M. de Raincourt,  » le montant qu’aurait facturé OpinionWay n’est naturellement pas connu de la présidence « .  » C’est quand même incroyable que l’Elysée dépense des sommes pareilles les yeux fermés « , s’insurge Mme Batho, s’interrogeant sur un possible  » système de double ou de fausse facturation « .

En 2010, assure l’Elysée, son budget sondages va être ramené à 1,424 million d’euros. Dans le même temps, celui du Service d’information du gouvernement (SIG) a crû de 292 %, en augmentation de 16,7 millions. Mme Batho y voit une possible  » externalisation  » des frais de sondages de l’Elysée vers Matignon.

Patrick Roger

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