Qui pose les questions ? OpinionGate (9)

par l’Observatoire des sondages

L’OpinionGate n’en finit pas de dévoiler des aspects de l’industrie des sondages. Dans un exercice aussi bien préparé qu’une audition par la commission des finances et avec un haut fonctionnaire capable d’un haut degré d’autocontrôle, on ne peut guère s’attendre à des révélations embarrassantes. Il y en eut (au moins) une pourtant. Interrogé le 13 octobre 2009 sur la prestation de Patrick Buisson, le directeur de cabinet de l’Elysée rapportait seulement les raisons de l’expert du président : « Il estimait devoir être rémunéré pour son travail de conception des questions, d’analyse des tris et verbatim et de rédaction des rapports remis au Président en sus de la prestation fournie par OpinionWay ». Sachant les tarifs pratiqués, la moitié de la somme facturée), cela fait cher. Cela méritait surtout d’être confirmé par le principal intéressé. Or, Patrick Buisson était à son tour entendu par le rapporteur de la commission des finances. Il confirmait les propos de Christian Frémont en reconnaissant intervenir « en amont » et « en aval » des sondages, réalisés « en ligne » car ceux-ci sont « plus réactifs » et permettent « jusqu’au dernier moment de rajouter des questions ». (AFP, 22 octobre 2009).

Personne n’a relevé l’importance de l’aveu. On n’y fait plus attention. Pourtant, une règle déontologique des sondeurs est de maîtriser la formulation des questions : ce n’est pas le commanditaire qui pose les questions car, d’une part, il n’est pas censé avoir la compétence de la formulation de questions objectives et non biaisées et, d’autre part, la maîtrise du questionnement conduirait à transformer les sondages en instruments de propagande. Les sondeurs l’ont répété pendant des décennies en évoquant quelques anecdotes plaisantes et significatives de commanditaires qui arrivaient avec leurs questions « toutes prêtes ». Et de se vanter des efforts pour leur faire comprendre – ils paient – que la ou les questions n’étaient pas pertinentes et qu’elles nuiraient à la crédibilité du sondage. Les anecdotes de résistance – surtout quand elles mettent en scène des commanditaires puissants – participent à la belle histoire de la profession. On sait que cette résistance n’a pas toujours été irréprochable. Des exemples d’entorses au principe seraient de toute façon considérés comme des exceptions. On pouvait globalement faire confiance aux sondeurs et à leurs intérêts bien compris. Eh bien, c’était encore trop. Le délitement de la morale professionnelle semble avoir encore progressé. Monsieur Patrick Buisson concevait donc les questions des sondages commandés par ses soins à l’institut OpinionWay et ensuite publiés par la presse. S’agissant de questions fermées, cela signifie qu’il dictait aussi les réponses proposées à l’assentiment des internautes. Sans doute, les confrères d’OpinionWay sont-ils prêts à dénoncer ces infractions. Ils n’ont pas réagi. Ils font le dos rond. S’ils assurent ne jamais l’avoir fait, peut-on les croire ? N’ont-ils pas affaire aux mêmes puissants clients ?

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