Feu nourri sur OpinionWay

Le JDD.fr

Politique |  17 Juillet 2009  |  Mise à jour le 31 Octobre 2009

Feu nourri sur OpinionWay

Les observations de la Cour des comptes, faisant état de liens indirects entre l’Elysée et l’institut de sondages OpinionWay, font jaser. Après le PS, qui dénonce une « connivence » entre les deux parties, c’est au tour des journalistes du Figaro, titre qui collabore avec OpinionWay, de ruer dans les brancards ce vendredi. Dans un communiqué, l’institut a lui soigné sa défense.

Les journalistes du Figaro se disent ''consternés'' par les révélations de la Cour des comptes. Les journalistes du Figaro se disent  »consternés » par les révélations de la Cour des comptes. (Reuters)

Le PS avait tiré le premier. Reprenant au vol les observations de la Cour des comptes sur les dépenses élyséennes (lire: Très chers sondages élyséens), le parti de la rue de Solferino avait, par la voix de Delphine Batho, dénoncé jeudi soir « un système (?) de connivence entre le pouvoir, un institut de sondage et certains médias« . Dans le viseur de cette proche de Ségolène Royal, l’institut de sondage en question n’était autre qu’OpinionWay, une maison que la candidate malheureuse à l’élection présidentielle de 2007 avait à l’époque accusé de jouer le jeu de son rival Nicolas Sarkozy. Dans son ouvrage Ma plus belle histoire, c’est vous, la présidente de la région Poitou-Charentes précisait par la suite sa pensée, en relevant que des sondages estampillés OpinionWay, relayés par les médias, venaient invariablement conforter le candidat UMP dans ses initiatives. Lassé des critiques, Hugues Cazenave, le président dudit institut, avait fulminé dans les colonnes de Marianne: « Je vous avoue qu’on en a marre!« , avait-il laissé tomber fin 2007, reconnaissant toutefois « beaucoup travailler pour (?) l’UMP« , mais également pour LCI et Le Figaro, deux médias réputés à droite.

La riposte d’OpinionWay

De retour en 2009, ces mêmes soupçons de connivence ont donc ressurgi à la lumière des fameuses observations de la Cour des comptes. Sauf qu’ils débordent cette-fois du champ politique. Vendredi après-midi, la société des rédacteurs du Figaro a en effet réclamé à sa direction « de mettre immédiatement un terme » à la publication des sondages réalisés par OpinionWay. La raison de cette requête? Selon l’institution présidée par Philippe Seguin, « le politoscope », un baromètre politique régulièrement effectué par OpinionWay pour Le Figaro et LCI, aurait fait l’objet d’une facturation de près de 400 000 euros à l’Elysée. « Il apparaît que de nombreux sondages OpinionWay publiés (…) sont commandités par la présidence et que certains sont expurgés avant d’être diffusés au grand public« , écrit dans un communiqué la rédaction du Figaro, qui se déclare « consternée » par les révélations de la Cour des comptes. « Ce type de ‘coproduction’ nuit gravement à la crédibilité des titres du groupe« , poursuivent les journalistes du « Fig’« .

Violentes, ces différentes charges ont conduit la direction du jeune institut de sondage – il fut fondé en 2000 – à sortir de sa réserve. Parmi les « précisions et éclaircissements » qu’il apporte dans un communiqué publié sur son site internet, il affirme que le « politoscope » « fait l’objet (depuis sa création en 2007) d’une facturation à LCI et au Figaro, et seulement à ces deux medias« . Une assertion confirmée à l’AFP par Etienne Mougeotte, le directeur des rédactions du Figaro. En outre, OpinionWay rappelle qu’il « compte parmi ses clients des acteurs positionnés aussi bien à droite qu’à gauche« , avant de conclure avec fermeté: « Nous nous réservons le droit d’engager des procédures à l’encontre de tous ceux qui exprimeraient des propos à caractère diffamatoire sur OpinionWay« . Une mise en garde censée faire taire les critiques, espère l’institut, lui qui, après les attaques de 2007, avait visiblement cherché à recentrer son image, comme peut en témoigner le recrutement, en 2008, de Denis Pingaud au poste de vice-président exécutif. L’homme, passé par la LCR et proche de Laurent Fabius, était le conseiller de José Bové.

Nicolas MOSCOVICI – leJDD.fr

Vendredi 17 Juillet 2009

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