Manipulations de l’opinion aux frais du contribuable

Le Monde Diplomatique

jeudi 23 juillet 2009

Sondages de l’Elysée

Manipulations de l’opinion aux frais du contribuable

Un rapport de la Cour des comptes a révélé l’existence d’une convention, signée le 1er juin 2007, entre la présidence de la République et un cabinet d’études chargé de commander des sondages à l’institut Opinion Way « pour un coût avoisinant 1,5 million d’euros ». Sur les trente-cinq études facturées en 2008, au moins quinze, payées 400 000 euros par l’Elysée, ont aussi été publiées par Le Figaro — dirigé par M. Etienne Mougeotte, ancien PDG de TF1 — et LCI. Connu pour produire des sondages particulièrement complaisants à l’égard du chef de l’Etat, Opinion Way réalise ses « enquêtes » en ligne, ce qui fait encore chuter le crédit déjà très limité qu’on pouvait leur accorder (lire « Consécration pour les sondages en ligne », par Alain Garrigou, La valise diplomatique, 25 mai 2009).

Le cabinet en cause, Publifact, est dirigé par M. Patrick Buisson, proche conseiller de M. Nicolas Sarkozy. En 2008, Publifact a encaissé pour cette activité de conseil 10 000 euros d’honoraires mensuels. Directeur de la chaîne Histoire, M. Buisson est aussi l’ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire d’extrême droite Minute.

OpinionWay, un institut en quête de crédibilité

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Politiques 23/07/2009 à 06h51

OpinionWay, un institut en quête de crédibilité

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Fondé en 2000, OpinionWay apparaît fin 2006, dans le monde des sondages politiques. Son créneau : les enquêtes d’opinion par Internet, moins chères, même si certains mettent en cause leur fiabilité. Mais beaucoup d’observateurs doutent surtout de l’indépendance de l’institut. Selon un proche du dossier, en quête de sondages favorables pour leur candidat, l’entourage de Nicolas Sarkozy aurait jeté son dévolu en 2006 sur cette jeune structure. En 2007, son plus gros client «politique» aurait été l’UMP via Publifact, le cabinet de Patrick Buisson, ce que OpinionWay dément. Surtout, Patrick Buisson exigeait d’avoir la main sur les questions posées et sur l’«aléa» de l’ordre de 3 % qui permet d’améliorer dans le sens souhaité les résultats des enquêtes. Dans le même temps, OpinionWay a récupéré de gros clients : LCI et le Figaro (propriétés de Martin Bouygues et Serge Dassault, deux intimes de Nicolas Sarkozy) dès la fin 2006, puis TF1 pour la soirée des européennes de 2009, abandonnant leur partenaire traditionnel TNS Sofres. «Nous sommes tout simplement plus innovants, plus réactifs, plus fiables», se défend le président d’OpinionWay, Hugues Cazenave.

Exclusif: Buisson réalise 50% de marge brute sur les sondages!

Marianne2

Exclusif: Buisson réalise 50% de marge brute sur les sondages!

Philippe Cohen – Marianne | Mercredi 22 Juillet 2009 à 06:01

Sur les 392 000 euros facturés par Publifact, le cabinet de Patrick Buisson à l’Elysée, à peine la moitié a servi à rémunérer les prestations d’Opinion Way. Explication.

Exclusif: Buisson réalise 50% de marge brute sur les sondages!
La note de la Cour des Comptes qui a déclenché la polémique sur les sondages de l’Elysée évoquait une facturation de 392 000 euros adressée par un cabinet au titre des enquêtes de l’institut Opinion Way.
De quelles prestations s’agit-il ? L’institut Opinion Way a réalisé en 2008 une trentaine de sondages par Internet autour de questions d’actualité, celles-ci étant débattu avec les commanditaires, le Figaro et LCI. A ce noyau d’études se greffent des questions complémentaires, en principe confidentielles commandées, elles, on le sait maintenant, par Publifact, le cabinet de Patrick Buisson missionné par l’Elysée, ainsi que des demandes de « tris croisés » (ventilations des questions avec les caractères des répondants : âge, région, professions, etc, ou bien tris croisés de questions du genre « ceux qui votent pour tel candidats sont aussi des moins de trente ans habitant l’ouest de la France).
Nous sommes aujourd’hui en mesure de décomposer le montant des facturations de l’ensemble de ces prestations :
–    Opinion Way a facturé Publifact de 190 000 euros soit moins de la moitié des 392 000 euros recensés par la Cour des Comptes ;
–    Opinion Way a facturé 50 000 euros le Figaro et LCI pour le Politoscope.

On voit donc bien que la contribution de l’Elysée, via Publifact, à ce budget, est décisive puisqu’elle représente les trois-quart des recettes générées par cette étude. La faible contribution des médias pose une autre question : cette étude, à 1600 euros pièces pour plusieurs questions, serait-elle rentable économiquement pour l’institut s’il n’y avait pas de contribution complémentaire de l’Elysée ? On en doute. Les dirigeants d’Opinion Way répondent que oui, arguant de ce que le coût des études a beaucoup baissé avec l’utilisation d’Internet. Ils ajoutent que les autres instituts pratiquent le même type de montage, au travers des questionnaires dits « omnibus ».
Mais ces chiffres délivrent un autre message : les profits considérables du cabinet Buisson puisque Publifact semble facturer le double de la prestation de l’institut de sondage. Certes, Publifact apporte l’immense contribution intellectuelle de son patron Patrick Buisson. Mais on arrive quand même à 6000 euros l’analyse du Politoscope quasi-hebdomadaire, augmentée de ses enrichissements (tris croisés et questions complémentaires). Sans compter que les 1,1 millions d’euros facturés par ailleurs par Publifact à l’Elysée, une fois déduites, bien sûr, les prestations facturées par d’autres instituts qu’Opinion Way, auxquels la Cour des Comptes fait référence sans les nommer. Voilà un beau métier. A moins qu’il ne s’agisse simplement de récompenser le patron de Publifact pour ses services rendus et à venir.

Lire les autres articles de Marianne2 sur l’affaire des sondages de l’Elysée

Retrouvez les dessins de Rodho sur son site

Note de la rédaction de Marianne2

Dès vendredi 17 juillet à 1h30, le site Marianne2 mettait en ligne un article affirmant que Patrick Buisson avait toutes les chances d’être le commanditaire des sondages réalisé pour le compte de l’Elysée. Seul le site Arrêt sur Images avait, avant Mariane2, évoqué le nom de Patrick Buisson avec celui de Pierre Giacometti. Ce n’est que dans la journée de vendredi puis samedi que l’ensemble des médias a repris et développé cette information.
Pourtant dans la plupart des médias, l’affaire Buisson est devenu le scoop de Mediapart et de Libération, qui n’avait pourtant pas du tout relevé le problème dans son édition de vendredi. Ce n’est pas la première fois : nos concurrents semblent avoir pris le parti d’ignorer notre travail. Nous savons bien que ces question de préséances n’ont que peu d’importance pour les lecteurs. Ceux de Marianne2 savent à quoi s’en tenir. Ils savent aussi que, si nous avons souvent la dent dure contre les médias, nous ne ratons que rarement une occasion de citer nos confrères et concurrents. Non seulement parce que sur Internet les liens renforcent l’audience du site qui les publie. Mais aussi parce que citer un confrère qui trouve une info fait partie des bons usages du métier.  Dommage qu’ils soient si peu respectés quand il s’agit de Marianne (et en l’occurrence d’Arrêt sur Images).

Opinion Way, le sondeur qui dérange

Actualités

Opinion Way, le sondeur qui dérange

LEMONDE.FR | 22.07.09 | 08h24  •  Mis à jour le 22.07.09 | 20h07
Soupçons de collusion avec le pouvoir, méthode contestée, questions biaisées… Nouveau venu sur le marché des enquêtes d’opinion, l’institut de sondage Opinion Way, récemment pointé du doigt par un rapport de la Cour des comptes (lire aussi « La politique des sondages de l’Elysée critiquée par la Cour des comptes »), cristallise depuis quelque temps les critiques de ses détracteurs.

Créé en mars 2000, ce nouvel acteur du marché des études ne s’est réellement positionné sur le secteur des enquêtes d’opinion que début 2006. Son arrivée constitue alors une petite révolution. Opinion Way est l’un des premiers instituts français à réaliser des enquêtes d’opinion en ligne, une méthode jusqu’ici réservée aux études de marché. Ce tournant dans l’histoire des sondages sera consacré en juin 2009 : le tout jeune institut remplace TNS-Sofres comme partenaire de TF1 pour la soirée des élections européennes.

REPRÉSENTATIVITÉ

Opinion Way se contente d’appliquer aux sondages d’opinion les méthodes des études de marché : il recrute ses panels représentatifs sur Internet – une pratique largement répandue aux Etats-Unis – et les rétribue en leur offrant des bons d’achat. Les sondés peuvent ainsi gagner entre 50 centimes et 2 euros par questionnaire, à raison d’une douzaine de questionnaires par an, précise Bruno Jeanbart, directeur des études politiques d’Opinion Way. La démarche a beau faire lever quelques sourcils, elle paie : une question en ligne est 30 % moins chère que par téléphone, et l’institut gagne des parts de marché.

Mais dans un pays où moins de 60 % des personnes âgées de plus de 18 ans disposaient d’une connexion à domicile mi-2008, la question de la représentativité de telles enquêtes reste posée. « C’est trop peu fiable. Il y a trop de différences d’équipement et d’usage d’Internet au sein de la population. Aucun sociologue ou statisticien ne soutiendrait une telle méthode », estime ainsi Alain Garrigou, professeur de sciences politiques, auteur de L’Ivresse des sondages et co-animateur de l’Observatoire des sondages.

Pour Vincent Tiberj, chargé de recherches au centre de recherches politiques de Sciences-Po, « Internet, c’est l’avenir, mais c’est encore un petit peu tôt ». « Même si les quotas sont respectés, explique-t-il au site Mon sondage, une femme de 65 ans qui est sur le Net n’a pas le même profil que les autres. »

Pour Bruno Jeanbart, le débat n’a pas lieu d’être : « La question de la représentativité se pose quelle que soit la méthodologie. Le téléphone et le face-à-face présentent aussi des inconvénients… Notre métier est précisément de contourner ces obstacles grâce à la méthode des quotas », explique-t-il. Autre argument en faveur de cette méthode : elle permet de toucher certaines catégories de sondés, notamment parmi les plus jeunes, qui ne disposent pas de téléphone fixe. Selon la Sofres, 17 % des foyers n’étaient pas équipés de téléphone fixe en 2005 et étaient donc exclus de facto des enquêtes traditionnelles.

SOUPÇONS DE BIAIS

Mais la critique la plus récurrente concerne les supposées accointances de l’institut avec le pouvoir. Le Canard enchaîné daté du 8 août 2007 révélait ainsi que son président, Hugues Cazenave, avait commencé sa carrière en 1986 au cabinet de Gérard Longuet, le président du groupe UMP au Sénat, qui fut dans sa jeunesse un des fondateurs du mouvement d’extrême droite Occident. Toujours selon le Canard, Opinion Way aurait commencé son activité de sondeur politique pour le compte de l’UMP, ce que l’institut dément. En novembre 2002, Opinion Way a pourtant bien interrogé les Français sur leurs préférences concernant le nouveau nom de l’UMP, un sondage dont Bruno Jeanbart affirme ne pas se souvenir.

Soupçonné de pencher à droite, Opinion Way ne peut pas compter sur le profil de ses clients pour rééquilibrer son image : en dehors d’un sondage vendu au Nouvel Obs, deux au site Bakchich.info et un au cercle de réflexion Gauche avenir, l’écrasante majorité de ses sondages sont commandés par des clients étiquetés à droite (Le Figaro, LCI…), selon la liste des enquêtes réalisées par l’institut.

Pour Alain Garrigou, il y a plus grave : l’institut truquerait certaines enquêtes. Dans un article publié par l’Observatoire des sondages, le chercheur décortique un sondage sur la popularité des chefs d’Etat européens, selon lequel 51 % des Européens ont une bonne image de Nicolas Sarkozy. L’enquête, publiée par Le Figaro, a été réalisée par Internet dans quatre pays : Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne et Italie. L’ennui, souligne Alain Garrigou, c’est que les Français ne figurent pas dans le panel et n’ont donc pas pu donner leur avis sur M. Sarkozy, comme les Allemands l’ont fait pour Angela Merkel ou les Italiens pour Silvio Berlusconi. La symétrie est donc faussée, et le président français délesté d’une cote de popularité nationale qui aurait fait baisser son score.

Autre problème méthodologique : le poids démographique des pays sondés n’a pas été pris en compte, alors que la population allemande est deux fois plus importante que celle de l’Espagne, souligne le chercheur. En tenant compte des populations réelles des pays concernés, Nicolas Sarkozy passerait de 51 % à 49 % de bonnes opinions, affirme-t-il.

« BOURDIEUSIENS »

S’il reconnaît du bout des lèvres qu’« on peut discuter » de la méthode retenue pour ce sondage, Bruno Jeanbart affirme que cela n’a rien changé aux résultats. Plus généralement, il estime que son institut est victime de la défiance des Français à l’égard des sondages. « En France, une école de sociologie a toujours critiqué les sondages, c’est l’école bourdieusienne, qui prône le qualitatif par rapport au quantitatif. Les sondages ont toujours fait débat, et l’arrivée d’un nouvel acteur est une façon de faire revivre ce débat. Certains de nos concurrents ne se sont pas non plus privés pour nous critiquer, de façon anonyme », analyse-t-il.

Richard Brousse, sociologue et co-animateur de l’Observatoire des sondages, propose une autre explication : « Opinion Way cristallise les critiques car ils sont en avance sur les autres sondeurs. C’est l’institut qui fait le plus de zèle pro-gouvernemental. Ils sont les seuls à faire en 2009 des sondages prédictifs de la présidentielle de 2012 (publié par Le Figaro) ! Ils sont les seuls à publier un sondage commandé par Darcos sur les fouilles au corps à l’école (publié fin mai par Le Parisien), quelques jours seulement après des violences en milieu scolaire qui ont fait les gros titres. Ils sont toujours les premiers ! Rien d’étonnant à ce qu’ils soient les premiers à être critiqués. »

Soren Seelow

Sondages Opinion Way : cette fois, la com de l’Elysée cafouille

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Sondages Opinion Way : cette fois, la com de l’Elysée cafouille

Régis Soubrouillard – Marianne | Mardi 21 Juillet 2009 à 07:01 | Lu 20673 fois

D’habitude parfaitement calibrée, la communication élyséenne présente des signes de faiblesse inquiétants à mesure des révélations sur l’affaire Opinion Way-Le Figaro. Faute de pouvoir éviter le sujet, les affidés du président répondent aux questions des journalistes quitte à rajouter de la confusion à un dossier de moins en moins clair.

Sondages Opinion Way : cette fois, la com de l’Elysée cafouille
«On commande des sondages, si des journaux veulent acheter les mêmes, nous, on n’y peut rien !». C’est presque par le fait du hasard que Claude Guéant a maladroitement tenté de justifier, ce dimanche au micro d’Europe 1, les soupçons de coproduction d’études par l’Elysée, Le Figaro et LCI.

Interrogé par Guy Birenbaum sur lepost.fr, le directeur d’Opinion Way qui tient à démontrer lui aussi qu’il n’y a pas d’affaire dit exactement le contraire : « Tous les sondages réalisés par OpinionWay et publiés par Le Figaro et par LCI, absolument tous sans exception, ont été payés par Le Figaro et LCI et par personne d’autre. Nous avons toutes les factures correspondant à ces enquêtes et nous pouvons évidemment les produire si nécessaire ».

Se faisant plus précis sur les pratiques du milieu, Hugues Cazenave ajoute : « Comme tous les instituts, OpinionWay dispose d’enquêtes omnibus hebdomadaires qui permettent à nos différents clients d’acheter des questions en partageant les coûts fixes d’une étude. Cela signifie qu’une même enquête administrée à un même échantillon de 1000 personnes va être financée par plusieurs de nos clients (le Figaro et LCI, un cabinet de conseil, le Nouvel Observateur, la fondation Terra Nova, think tank proche du PS, etc.), qui bénéficient ainsi de tarifs avantageux pour des résultats de qualité. Ce qu’a acheté l’Elysée à ce cabinet de conseil, ce ne sont donc pas les enquêtes publiées par Le Figaro, mais des questions spécifiques, non publiées et issues de notre omnibus (d’où probablement la confusion dans la lettre de la Cour des Comptes et l’amalgame pratiqué par certains) ».

Et les arguments d’Etienne Mougeotte, viennent encore ajouter de la confusion à la confusion. Ainsi le directeur du Figaro a affirmé « que les sondages expriment des questions posées par le Figaro et que ces enquêtes sont payées par le Figaro. Je démens formellement qu’un sondage publié par le Figaro ait été payé par quiconque d’autre que le Figaro. Je conteste formellement que la présidence de la République ait pu financer un sondage publié par le Figaro ».

La présidence prise au dépourvu

Sondages Opinion Way : cette fois, la com de l’Elysée cafouille
Presqu’autant d’acteurs que de versions des faits : pour Opinion Way, l’Elysée n’achète que des questions spécifiques non publiées par les journaux. Etienne Mougeotte, lui, dément que la présidence de la République ait pu financer un sondage publié par Le Figaro. Et Claude Guéant sème le trouble en expliquant que l’Elysée n’est en rien concerné par le fait que des journaux achètent les mêmes sondages que la présidence de la République! Façon on ne peut plus explicite d’admettre l’existence de ces pratiques.

Des propos contradictoires qui laissent transparaître un certain laisser-aller dans la très calibrée et ultra-professionnelle communication de Sarkozy et de son entourage. Pris par surprise par ce rapport de la Cour des comptes  qui devait faire la preuve du souci de la transparence de l’Elysée, voici la présidence, toujours prompte à l’offensive, incapable de trouver le bon angle de contre-attaque.

Considérée comme un fait mineur, dans un premier temps, la plupart des médias ont d’ailleurs foncé tête baissée dans le mur élyséen, s’extasiant sur les progrès faits par la présidence en matière de transparence. Ce n’est que dans un second temps que l’affaire opinionway-Le Figaro a pris le dessus.

Au fil des jours, l’Elysée a du faire face au dévoilement de pratiques pour le moins « obscures », telles que le recours à des cabinets conseils, comme celui de Patrick Buisson (un cabinet sans bureau propre, simplement hébergé par une société de domiciliation), qui a refusé de répondre à tous les médias.

Opinion Way-Le Figaro-Elysée: Connivences et plus si affinités…

Même le si prolixe et intarissable Lefebvre toujours prompt à sauter à la gorge de celui ou celle qui oserait émettre des critiques à l’égard du Grand Leader a été pris de court. Pas très inspiré, le sniper de l’UMP a donné dans le service minimum, défendant la « transparence totale » de l’Elysée sur ses comptes, en « rupture » avec le passé. « Les sondages à l’Elysée, c’est un outil indispensable pour fonctionner, et c’est un outil qui a toujours existé », a expliqué le porte-parole de l’UMP. Visiblement déjà agacé d’avoir à admettre que la présidence de la République se gave de sondages quand la coutume veut qu’en politique, on ne mange pas de ce pain là.

Au-delà des faits eux-mêmes, c’est l’incroyable légèreté des communicants de l’Elysée et de la direction du Figaro qui prédomine dans cette affaire. Les enquêtes Opinion Way-Le Figaro/ LCI apparaissent comme la boussole hebdomadaire de la communication et de la tactique politique élyséenne. D’où des accusations de connivence qui expliquent la réaction de la société des journaliste du Figaro. Car de l’accusation de connivence à la possibilité d’envisager que l’Elysée et Le Figaro poursuivent un objectif commun, il n’y a qu’un pas…Alors que, dans ses pages, le journal n’a pas consacré une ligne à cette affaire, lundi 20 juillet le Figaro a réservé près d’une page à la nouvelle communication du président et son image de leader apaisé. D’ici à ce qu’une enquête Opinion Way vienne nous confirmer que 89% des Français trouvent le président «zen», «serein», «apaisé» et «calme»….

Note de la rédaction de Marianne2

Dès vendredi 17 juillet à 1h30, le site Marianne2 mettait en ligne un article affirmant que Patrick Buisson avait toutes les chances d’être le commanditaire des sondages réalisé pour le compte de l’Elysée. Seul le site Arrêt sur Images avait, avant Mariane2, évoqué le nom de Patrick Buisson avec celui de Pierre Giacometti. Ce n’est que dans la journée de vendredi puis samedi que l’ensemble des médias a repris et développé cette information.
Pourtant dans la plupart des médias, l’affaire Buisson est devenu le scoop de Mediapart et de Libération, qui n’avait pourtant pas du tout relevé le problème dans son édition de vendredi. Ce n’est pas la première fois : nos concurrents semblent avoir pris le parti d’ignorer notre travail. Nous savons bien que ces question de préséances n’ont que peu d’importance pour les lecteurs. Ceux de Marianne2 savent à quoi s’en tenir. Ils savent aussi que, si nous avons souvent la dent dure contre les médias, nous ne ratons que rarement une occasion de citer nos confrères et concurrents. Non seulement parce que sur Internet les liens renforcent l’audience du site qui les publie. Mais aussi parce que citer un confrère qui trouve une info fait partie des bons usages du métier.  Dommage qu’ils soient si peu respectés quand il s’agit de Marianne (et en l’occurrence d’Arrêt sur Images).

OpinionWay fait payer la droite… pour se payer la gauche !

Marianne2

OpinionWay fait payer la droite… pour se payer la gauche !

Sylvain Lapoix – Marianne | Lundi 20 Juillet 2009 à 18:13

Face au scandale des sondages commandés par l’Elysée publiés dans Le Figaro et LCI, l’institut OpinionWay met en avant des «cautions» de gauche pour qui elle travaille, Bakchich et l’institut Terra Nova… à qui elle offre en vérité des sondages !

Capture : opinion-way.com

Capture : opinion-way.com
Comme il le clamait dans une communiqué publié en une de son site, OpinionWay est bien un sondeur impartial : qu’ils soient de droite, comme Le Figaro, ou étiquetés à gauche, comme Bakchich.info, l’institut réalise des sondages sans discrimination politique. Seule petite différence : les institutions de gauche n’ont pas à payer ! Ainsi, le-dit site Bakchich a publié depuis décembre 2008 quatre sondages sur le taux de confiance dans les représentants de l’exécutif, la côte de sympathie de Jacques Chirac, l’opinion des Français sur l’avenir de Rachida Dati au ministère de la Justice et un sondage sur l’Europe.
L’article sur Dati, titré initialement «Une majorité de Français plébiscitent Rachida Dati» qavait déchaîné les passions des lecteurs de Bakchichinfo, furieux de la compromission avec cet institut très décrié. Au point que le rédacteur en chef du site, Xavier Monnier, s’était trouvé obligé de justifier ce qu’il appelait une «jolie idée», ne faisant que jeter de l’huile sur le feu dont bouillonnait notamment le blog Sabotage.

Mais Bakchich n’a pas guère les moyens de payer les sondages au prix du marché… «Comme j’avais confiance en Denis Pingaud (NdR : ancien du cabinet de Laurent Fabius et vice-président de l’institut), j’ai accepté d’acheter ces enquêtes à un prix très symbolique, a déclaré Nicolas Beau, patron du site, à Marianne2.fr. Les questions des quatre sondage ont été élaborées par l’équipe de la rédaction de Bakchich. OpinionWay a scrupuleusement respecté les questions posées.» Principal intérêt pour Opinion Way : montrer que l’institut ne travaille pas qu’avec des médias possédés par des amis du Président comme TF1 ou le Figaro.

Terra Nova : le directeur des études d’OpinionWay est membre-fondateur

OpinionWay fait payer la droite... pour se payer la gauche !
Autre «caution» mise en avant : la fondation progressiste Terra Nova. A l’occasion des débats mensuels «Points de vue», où il confronte, en partenariat avec le Nouvel Observateur, deux personnalités politiques, le think tank publie systématiquement des sondages OpinionWay sur des thèmes d’actu. La facture ? «Nous fonctionnons sur le mode du mécénat : ces sondages sont une contribution en nature, explique Olivier Ferrand, directeur de la fondation. On n’est pas Rothschild : nous n’avons pas les moyens de nous payer quoique ce soit !» Encore une belle générosité d’OpinionWay pour ses «clients» de gauche.

«Très content» de cette collaboration, Olivier Ferrand explique qu’il commande à l’institut de sondage une étude en livrant le sujet pour laisser OpinionWay «apporter son expertise» pour formuler des questions tel que «Pensez-vous qu’il faudra plus ou moins d’Europe ?», «Les primaires sont-elles une solution aux maux de la gauche ?», etc. Et le directeur de la fondation d’ajouter : «il y a bien des hommes de gauche chez OpinionWay : Bruno Jeambar, directeur des études politiques, est membre fondateur de Terra Nova.»

Lire nos autres articles sur OpinionWay.

Note de la rédaction de Marianne2

Dès vendredi 17 juillet à 1h30, le site Marianne2 mettait en ligne un article affirmant que Patrick Buisson avait toutes les chances d’être le commanditaire des sondages réalisé pour le compte de l’Elysée. Seul le site Arrêt sur Images avait, avant Mariane2, évoqué le nom de Patrick Buisson avec celui de Pierre Giacometti. Ce n’est que dans la journée de vendredi puis samedi que l’ensemble des médias a repris et développé cette information.
Pourtant dans la plupart des médias, l’affaire Buisson est devenu le scoop de Mediapart et de Libération, qui n’avait pourtant pas du tout relevé le problème dans son édition de vendredi. Ce n’est pas la première fois : nos concurrents semblent avoir pris le parti d’ignorer notre travail. Nous savons bien que ces question de préséances n’ont que peu d’importance pour les lecteurs. Ceux de Marianne2 savent à quoi s’en tenir. Ils savent aussi que, si nous avons souvent la dent dure contre les médias, nous ne ratons que rarement une occasion de citer nos confrères et concurrents. Non seulement parce que sur Internet les liens renforcent l’audience du site qui les publie. Mais aussi parce que citer un confrère qui trouve une info fait partie des bons usages du métier.  Dommage qu’ils soient si peu respectés quand il s’agit de Marianne (et en l’occurrence d’Arrêt sur Images).

OpinionWay : les sondages pour l’Elysée ont un prix

Rue89

OpinionWay : les sondages pour l’Elysée ont un prix

Par Docteur Panel | Sondologue | 18/07/2009 | 09H25
L’Elysée a payé 392 228 euros pour des sondages OpinionWay parus dans Le Figaro et sur LCI. Une somme difficile à justifier.

"Bayrou talonne Sarkozy et Royal" (Alibaba0/Flickr).

Un rapport de la Cour des comptes publié ce jeudi indique que l’Elysée a versé 392 228 euros en 2008 pour des sondages OpinionWay parus dans Le Figaro et sur LCI. OpinionWay a rétorqué vendredi qu’il s’agissait d’une « prestation différente correspondant à des questions confidentielles » posées en plus des « questions financées par LCI et Le Figaro ».

Quand Ségolène Royal se plaignait des sondages d’OpinionWay, on avait de bonnes raisons de croire son avis quelque peu biaisé. Quand c’est la Cour des Comptes, forcément on dresse l’oreille. Près de 400 000 euros par an pour un sondage disponible gratuitement dans la presse. Mazette ! j’entends d’ici les grincements de dents jaloux des autres instituts, qui dans l’ensemble tirent le diable par la queue ces derniers temps. Bonne occasion d’analyser l’économie d’un sondage.

Les études par Internet, moins chères mais moins fiables ?

En attendant le travail d’un journaliste qui parviendrait (souhaitons-lui bonne chance ! ) à obtenir de quelques instituts un « porte-monnaie des sondages aux rayons x » sérieusement chiffré, livrons-nous ici à un exercice d’estimations en prenant pour exemple un baromètre hebdomadaire en ligne (comme le Politoscope d’OpinionWay).

Il faut savoir que l’interrogation par Internet a divisé le coût du recueil d’information par 3 ou 4. Au lieu de payer des enquêteurs à arpenter les rues et se heurter à des digicodes hermétiques et des habitants soupçonneux, au lieu d’appeler des milliers de gens au téléphone dont une écrasante majorité vous raccrochent au nez, il suffit avec Internet d’envoyer des mails à une base de données d’individus ayant accepté de répondre à des enquêtes, moyennant un dédommagement, le plus souvent en points de fidélité et autres bons cadeaux.

Ce qui pose d’énormes problèmes de représentativité, sporadiquement débattus mais finalement très minorés par les instituts. La plupart pratiquent ce type de sondages mais font le gros dos et profil bas quand le sujet revient : ils n’ont pas très envie d’en parler tant qu’ils n’ont pas trouvé de méthode pour, sans rien débourser, améliorer la valeur représentative des études par interrogation en ligne. Ça demande un peu de recherche, d’études (fondamentales) sur les études (appliquées)… Le cordonnier mal chaussé… je ne vous fais pas un dessin.

Les dirigeants d’OpinionWay ont adopté la stratégie opposée : ils sont d’énergiques défenseurs de l’idée que ces sondages sont aussi représentatifs que les autres et « évangélisent » le public sur ce thème dans de nombreuses tribunes. Et ils ne rencontrent guère de contradicteurs, car depuis cinquante ans les instituts de sondages ont ancré dans les esprits l’idée que pour être représentatif, il suffit d’avoir le bon nombre d’hommes et de femmes, de jeunes et de vieux, de chefs de famille ouvriers (au fait, c’est quoi un ouvrier en 2009 ? et un chef de famille ? ), de Savoyards et de Bretons…

Mais le débat de la représentativité est vaste, et il touche directement à des questions profondes sur la démocratie. Le sujet mériterait d’ailleurs un vrai débat public sur cette question. Chiche.

Comment se calcule le prix d’un sondage ?

Assez digressé, revenons à nos triviales questions d’argent.

Le principal coût des enquêtes en ligne est donc la « maintenance » de cette base de données (enlever les doublons, les adresses périmées, recruter de nouveaux individus prêts à répondre, etc .), ainsi que la mise en ligne du questionnaire. Son traitement informatique est également devenu facile et peu coûteux.

Aujourd’hui, si vous demandez à un prestataire d’enquêtes en ligne de poser un questionnaire de 20 minutes à un échantillon d’un millier de personnes, rien que pour vous, pour une seule fois, il vous prendra 5 à 6000 euros, traitement informatique compris mais sans compter l’analyse, que vous ferez vous-même.

Une étude récurrente comme le Politoscope Figaro-LCI est certainement moins coûteuse, c’est tout l’avantage des choses (y compris intellectuelles) que l’on produit en série.

Après, il y a le travail des analystes et les coûts de structure. En général, les instituts ont un « taux de marge » de 50% environ, ce qui veut dire en clair que l’on peut estimer également à 5 ou 6000 euros le travail d’analyse sur notre exemple. Bref, un tel baromètre hebdomadaire coûte au grand maximum 500 000 euros par an. Il contient également chaque semaine des questions confidentielles, achetées « à la pièce » pas très cher (entre 600 et 2000 euros la question), ou encore des traitements statistiques spécifiques des questions du « tronc commun » : ça ne fait pas beaucoup de travail en plus, et c’est de la marge en plus, puisque les coûts fixes sont amortis par les principaux commanditaires.

Ce sont ces questions ou traitements complémentaires que l’institut OpinionWay invoque dans son communiqué en page d’accueil pour justifier la vente à l’Elysée d’un sondage disponible à l’œil dans la presse. Ce en quoi il a bien raison : il s’agit d’une vraie prestation, pas d’une vente fictive.

Une estimation large donne une somme moitié moindre

Ce qui fait tiquer ses confrères (et nos sages de la Cour des Comptes) c’est le montant. Là encore nous ne pouvons faire que des estimations : une journée de chargé d’études est facturée, tout compris (incluant salaire, charges sociales, frais de structure de l’entreprise, etc.), environ 800 euros. Mettons le double pour l’analyste expérimenté qui l’encadre. Et ajoutons encore -c’est large- 800 euros la journée de traitement informatique.

Chaque semaine, les petits traitements confidentiels comme ceux de l’Elysée coûtent donc, disons, une journée de travail de chargé d’études, une demi-journée de son chef (celui qui est payé le double) et une journée de traitement. Et allez, une fois par mois, le directeur du département politique vient en personne apporter son regard aiguisé, à 3000 euros la journée. Le coursier est offert, le café aussi. Admettons que les vendeurs d’OpinionWay soient plus convaincants que le commun des sondeurs. Mais à 392 000 euros, soit plus de 130 000 euros par an, ils sont beaucoup, beaucoup, beaucoup plus convaincants. Ça doit être ça qui énerve.

Et quand ça énerve le ton monte. Les grands mots sortent. L’honorable institut conclut son communiqué de home page (de ce 17 juillet) par cette menace adressée à la cantonade :

« Nous nous réservons enfin le droit d’engager des procédures à l’encontre de tous ceux qui exprimeraient des propos à caractère diffamatoire sur OpinionWay. »

Bienvenue dans le débat public.

Photo : « Bayrou talonne Sarkozy et Royal » (Alibaba0/Flickr).

► Précisé le 18/07/09 à 18h30 : comme signalé par Pixote dans les commentaires, selon Mediapart et Libération, le cabinet d’études qui a refacturé à l’Elysée les sondages OpinionWay en 2008 est Publifact, alors dirigé par le journaliste Patrick Buisson, proche de Nicolas Sarkozy.

Rectifié le 28/07/09 à 13h15, à la suite d’un mail d’internaute : correction de l’estimation annuelle de la facturation (130 000 euros au lieu de 150 000).

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