« Consécration pour les sondages en ligne » Le Monde Diplomatique

Le Monde Diplomatique

La valise diplomatique

lundi 25 mai 2009

Consécration pour les sondages en ligne

L’entreprise de sondages en ligne Opinion Way remplace TNS-Sofres comme partenaire de TF1 pour les élections européennes de juin 2008. Au-delà de l’événement commercial, c’est un tournant dans l’histoire des sondages politiques. Opinion Way réalise en effet des sondages en ligne, et non par téléphone ou en face à face comme les anciens instituts. Dans son rapport sur l’élection présidentielle de 2007, la commission des sondages avait exclu de son contrôle ce type de sondages, malgré une visite d’explication de la méthodologie effectuée par les responsables de l’entreprise. A plusieurs reprises cependant, les enquêtes d’Opinion Way faisaient état de la mention légale « fiche détaillée disponible à la commission des sondages ». On pouvait deviner un effort de longue haleine pour obtenir la reconnaissance officielle. Alors que ces notices sont légalement accessibles aux citoyens, nos demandes réitérées d’éclaircissement sont demeurées sans réponse. La reconnaissance a donc enfin été accordée, en catimini.

Ce dénouement était prévisible pour une raison économique : les sondages en ligne sont moins coûteux, et l’on sait que les enquêteurs téléphoniques ont de plus en plus de mal à trouver des sondés. D’autre part, les liens politiques existant entre les dirigeants d’Opinion Way et l’UMP, et donc l’Elysée aujourd’hui, sont connus. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que TF1, chaîne de télévision proche de M. Nicolas Sarkozy, choisisse ce nouveau partenaire pour couvrir les élections européennes, comme un banc d’essai pour les futures élections présidentielles.

La reconnaissance par la commission des sondages, organe officiel de contrôle composé de hauts fonctionnaires, est autrement problématique. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour deviner les pressions du pouvoir. La question de la rigueur méthodologique des sondages en ligne aurait-elle été résolue pour justifier son revirement ? La réponse est bien évidemment négative. Selon une étude effectuée en 2006 par Esomar, organisme européen regroupant les instituts de marketing et donc peu suspecte de critique excessive, les sondages en ligne ne sont guère fiables, puisque 57 % des internautes admettent mentir.

Mais, au-delà des graves questions méthodologiques sur la représentativité des échantillons d’internautes, l’usage d’Internet introduit un changement capital dans ce que l’on pourrait appeler l’économie morale des sondages. Les internautes ne sont en effet plus sollicités au nom d’une expression citoyenne et gratuite, mais en se voyant offrir la chance de gagner à un jeu de loterie des biens de consommation (appareils photos, bons d’achat, etc.). En d’autres termes, les nouveaux sondages sur les opinions politiques ou les intentions de vote sont payés aux sondés. Est-il besoin d’insister sur la révolution de principe que cela représente, quand on sait par ailleurs la place croissante que les sondages occupent dans la politique des régimes démocratiques ?

Alain Garrigou

Alain Garrigou a notamment publié L’ivresse des sondages (La Découverte, Paris, 2006). Il coanime l’Observatoire des sondages, récemment créé.

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