Affaire des indépendantistes savoisiens

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JUSTICE
La confédération savoisienne mécontente des universitaires

par La Rédaction du DL | le 21/05/09 à 05h01

Quatre lignes : voilà la place accordée à la confédération savoisienne dans les 700 pages de « La France Rebelle ». La première encyclopédie de la dissidence sous toutes ses formes, parue en octobre 2006, est le fruit d’un travail universitaire de chercheurs en sciences politiques.
Ce n’est pas le peu d’intérêt qui a vexé les régionalistes. Mais d’avoir été présentés « partisans du recours à la violence ». Juin 2007 : plainte avec constitution de partie civile en diffamation. Novembre 2008 : condamnation inattendue à 2 000 € d’amende ferme chacun, par la correctionnelle de Thonon-les-Bains, de Xavier Crettiez, 40 ans, professeur agrégé, Isabelle Sommier, 44 ans, et Juan Torreiro, 24 ans, chercheurs, Yves Michalon, 54 ans, éditeur.
« Nous avons établi des constats », expliquent, hier en appel, les universitaires. Ils ont étudié les « positionnements publics » des mouvements répertoriés. Et ce qui a attiré leur attention sur la Confédération savoisienne, c’est la participation de Jean-François Chabert, un de ses membres, aux « Journées nationalistes de Corte » à l’été 2004. « Le Woodstock de la rébellion » selon l’avocat des chercheurs, Me Didier Skornicki. Là, entre militants // encagoules et élus à visage découvert, ne viennent que des mouvements invités qui acceptent en connaissance de cause.

Le « coup d’éclat » de Corte

À la tribune, Jean-François Chabert devait tenir des propos musclés rapportés par l’Humanité, Libération et Marianne : « l’État ne négocie qu’un genou à terre, un couteau dans le dos, un pistolet sur la tempe ». Sans que cette phrase n’entraîne, à l’époque, ni démenti de la Confédération, ni exclusion de son auteur.
Or, la formule, selon l’avocat de la Confédération savoisienne, Me Lionel Falconnet, ne correspondrait en rien à la philosophie du mouvement. « M. Chabert est adhérent sans responsabilité et sans mandat de représentation. Il était allé à Corte de sa propre initiative. Nous l’avons convoqué pour lui dire que ses propos étaient inadmissibles » précise maintenant le secrétaire général de la confédération, Louis Girard-Berthet.
« La confédération s’insurge dans une espèce de ronron argumentaire. Elle s’est contentée d’un « panpan cucul » » ironise Me Skornicki.
L’avocat général, Jean-Claude Berlioz se prononce en faveur d’une relaxe des universitaires dans l’intérêt de la liberté de la recherche et de la liberté d’expression. C’est là le véritable enjeu de ce procès. Isabelle Sommier met en garde, en effet, contre une « un risque de judiciarisation » de la recherche. 728 chercheurs ont signé une pétition de protestation. En cas de condamnation, ajoute-t-elle, « les 4 000 groupes étudiés pourraient nous attaquer pour tel ou tel adjectif » qui ne leur conviendrait pas.
Décision le 17 juin.

Frédéric CHIOLA

Paru dans l’édition 73A du 21/05/2009 (8eb3696c-454f-11de-bf16-a0d61d315459)

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