Patrick Buisson, conseiller occulte de Sarkozy?

Rédigé par Ph. C. le Samedi 7 Avril 2007
Officiellement, Patrick Buisson est journaliste, animateur de l’émission «Politiquement show», sur LCI. Ancien du Crapouillot et de Minute, il a été directeur de la Sepa, la société éditrice de disques de Le Pen, auteur d’OAS, histoire de la résistance française en Algérie. Un passé qui explique sa motivation pour rapprocher droite et extrême droite. Il est aujourd’hui salarié de LCI, mais aussi l’actionnaire principal d’une société, Publifact, dont les performances (45% de résultat net en 2005, 55% en 2004, pour un chiffre d’affaires de 560 000 Euros) sont remarquables.

En fait, Patrick Buisson conseille les hommes politiques. Philippe de Villiers reconnaît avoir longtemps utilisé les services de Buisson, que celui-ci a aussi proposés à Charles Pasqua, à Alain Madelin et à François Bayrou. Point commun entre tous ces leaders politiques: leur audience flirtait avec le fameux seuil fatidique des 5%, sous lequel les frais de campagne ne sont pas remboursés. Très bon connaisseur des techniques de sondage, longtemps éditeur de la seule revue spécialisée dans ce domaine, Patrick Buisson a la réputation de proposer à ses «clients» de défendre au mieux leurs intérêts auprès des instituts en «négociant» des passages du «brut» au «net» qui leur seraient favorables. Le même type d’«intermédiaire» existerait à gauche. Bien entendu, les patrons d’institut haussent les épaules. Mais, quand la marge d’erreur est de 4%, «donner un coup de pouce» à un «client» est-il si inimaginable? Aujourd’hui, selon les témoignages concordants de proches de Sarkozy, Patrick Buisson conseillerait le candidat de l’UMP. Ce dernier aurait été très impressionné par le fait que Buisson a anticipé, dès l’automne 2004, le non au référendum sur le traité européen de 2005. Reçu en tête à tête, Buisson aurait convaincu Sarkozy que la présidentielle de 2007 se gagnerait à droite et non au centre. Avant qu’Henri Guaino n’intervienne en sens inverse…

Il est vrai que Patrick Buisson a quelques «faits d’armes» à son actif. A l’approche des élections de 1999, le débat faisait rage au sein de la droite antimaastrichtienne. Une partie des pasquaïens (William Abitbol, Jean-Jacques Guillet…) prônait une liste «ni droite ni gauche», ouverte à des chevènementistes comme Max Gallo. Une autre faction souhaitait une alliance avec Philippe de Villiers. Pendant quelques semaines, les sondeurs testèrent les deux candidats. Généralement, Pasqua devançait Villiers. Par exemple, 9,5% contre 4%, dans un sondage Louis Harris- Valeurs actuelles publié le 15 janvier 1999. Mais les pasquaïens «droitiers» (Jean-Charles Marchiani, Pierre Monzani), qui prirent secrètement langue avec Villiers, ne désarmaient pas. Un sondage BVA-Politique opinion inversa la donne en avril: 4% pour Pasqua et 5% pour Villiers. Le patron des Hauts-de-Seine paniqua: sous la barre des 5%, il ne pouvait prétendre au remboursement de ses frais de campagne. Du coup, ce résultat le fit basculer en faveur d’une alliance avec Villiers. Et leur liste créa la surprise du scrutin en devançant celle de Sarkozy.

Succès électoral stérile, pasquaïens et villiéristes ne tardèrent pas à scissionner comme des trotskistes.

Mais le plus intéressant est ailleurs. Au cours de la campagne, le trésorier de la liste a été sommé de payer une «étude» commandée – avant même l’alliance avec Pasqua – par Philippe de Villiers à un expert nommé Patrick Buisson. Or l’«étude» ne consistait qu’en une vague compilation de sondages suivie d’une courte synthèse. Rien qui justifiât une facture de près de 250 000 F TTC. Grisé par son succès, Pasqua donna l’ordre de régler la facture. Plusieurs de ses fidèles pensent toujours, eux, que l’étude facturée par Buisson n’a servi qu’à «obtenir» un sondage plus favorable à Philippe de Villiers, lequel nie toute intervention dans ce sens. Mais les pasquaïens de droite, eux, n’étaient peut-être pas restés inactifs. Patrick Buisson refuse, lui, de répondre à Marianne.

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